À la suite de notre dernière newsletter consacrée aux faux timbres français fabriqués en Chine, nous avons reçu plusieurs témoignages de lecteurs sur la manière dont ces contrefaçons sont proposées sur un site d’enchères en ligne bien connu.
Le scénario est presque toujours le même : des comptes de particuliers apparaissent, proposent pendant quelque temps d’importantes quantités de timbres à des prix défiant toute concurrence, puis disparaissent aussi rapidement qu’ils étaient apparus - parfois après avoir réalisé plusieurs milliers d’euros de ventes. Peu après, des offres comparables réapparaissent sous d’autres comptes.
Et ce n’est encore que la partie visible de l’iceberg. L’un de nos lecteurs nous a ainsi transmis une offre reçue directement, en privé, de la part d’un vendeur. Les tarifs proposés donnent une idée assez saisissante de l’économie de ce trafic :
Carnet de 12 timbres Lettre verte : 3 € pour une valeur d’affranchissement actuelle de 18,24 €, soit 16,4 % de sa valeur ;
Mini-feuille de 10 timbres Chasseur Dewoitine : 6 € pour 52,60 € de valeur faciale, soit 11,4 % ;
Feuille de 15 timbres Agnès Varda à 1,96 € : 4 € pour 29,40 € de valeur faciale, soit 13,6 % ;
Feuille de 15 timbres Lettre verte Paris-Philex 2024 : 3,50 € pour une valeur d’affranchissement actuelle de 22,80 €, soit 15,35 % ;
Feuille de 15 timbres Fête du Timbre à 1,29 € : 4 € pour 19,35 € de valeur faciale, soit 20,7 % ;
Feuille de 15 timbres Vierge de Canolich à 1,16 € : 3,50 € pour 17,40 € de valeur faciale, soit 20,1 % ;
Feuille de 12 timbres Robert Nanteuil à 1,16 € : 3 € pour 13,92 € de valeur faciale, soit 21,6 %.
Ce qui frappe également, c’est la régularité avec laquelle les faussaires suivent le programme philatélique de la Poste. Lorsque les premiers faux modernes ont commencé à être signalés, on pouvait encore imaginer un phénomène circonscrit à quelques émissions. Ce n’est manifestement pas le cas. Nous rencontrons désormais des contrefaçons allant au moins jusqu’à 2024.
Ce qui interroge, dans ce contexte, est le silence de la Poste. Car ces faux ne sont plus un secret pour personne. Nous-mêmes, à notre modeste échelle, leur avons consacré plusieurs articles. Mais le sujet a surtout été évoqué par la CNEP, la presse philatélique, la presse régionale et nationale - Ouest-France, France 3, TF1, La Dépêche… - et même par les douanes. Du côté de la principale intéressée, en revanche : rien, ou presque. La seule prise de parole que nous ayons pu retrouver est celle de Paul Dworkin, directeur de Philaposte et président de l’Adphile. Interrogé par Le Monde en février 2024, il expliquait alors ne pas souhaiter « parasiter les enquêtes en cours ».
Deux ans et demi plus tard, une nouvelle prise de parole serait sans doute bienvenue, ne serait-ce que pour expliquer ce qui a été fait depuis. Quelles mesures La Poste a-t-elle concrètement prises pour endiguer la diffusion de ces contrefaçons ? Les techniques d’impression ou les dispositifs de sécurité ont-ils évolué ? Existe-t-il, plus largement, un véritable plan de lutte contre ce phénomène ?
Nous connaissons tous le proverbe : « Qui ne dit mot consent. » Il serait évidemment absurde de dire que La Poste consent à quoi que ce soit. Mais il serait regrettable que les faussaires, eux, finissent par interpréter son silence comme le signe qu’ils peuvent poursuivre tranquillement leurs activités.
Comme d’habitude, si notre newsletter vous intéresse, n’hésitez pas à le commenter, à la “liker” ou, mieux encore, à le transférer à d’autres philatélistes.
Actualités de la Maison Calves
Rappel : notre prochaine vente flash en ligne aura lieu le jeudi 15 octobre 2026. Comme à chaque édition, vous y retrouverez une sélection de timbres et pièces philatéliques proposés pendant une durée limitée à prix particulièrement attractifs.
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Avant les faux chinois, les faux timbres venus de Corée
Cette affaire de faux chinois nous en a rappelé une autre. Car ce n’est pas la première fois que des faux timbres français destinés à tromper la Poste nous arrivent d’Asie. L’un des premiers épisodes connus remonte à 1963 et nous conduit, cette fois, en Corée du Sud. À ceci près que l’histoire n’a pas grand-chose à voir avec celle que nous connaissons aujourd’hui. Ces faux sont grossièrement réalisés et n’ont jamais été conçus pour circuler en France. Surtout, ils n’ont été produits qu’en très petit nombre et sont donc d’une grande rareté, bien loin des quantités dans lesquelles sont fabriquées les contrefaçons chinoises actuelles. Cette histoire, peu connue, mérite que l’on s’y attarde.
Octobre 1963 : la Poste donne l’alerte
En octobre 1963, l’administration des Postes découvre l’existence d’un faux du 20 c Semeuse de Piel et juge l’affaire suffisamment sérieuse pour alerter ses services par voie de circulaire.
À vrai dire, la contrefaçon n’est guère convaincante. Elle mesure 22 × 26 mm, contre 20 × 24 mm pour l’original. La marge autour de la Semeuse est trop large - 2,5 mm contre 1,5 -, la dentelure grossière et l’impression médiocre. Le faussaire a même commis quelques erreurs dans les inscriptions : la cédille de « Française » a disparu et le « Q » de « République » ressemble à un « O ».
La Poste sait donc parfaitement à quoi ressemble le faux. Mais ce que personne ne semble alors savoir, c’est qui l’a fabriqué et dans quel but. Et sur ce point, le mystère va durer.
Pendant trente ans, les spécialistes se trompent de piste
En 1976, dans Les timbres faux pour tromper la poste de France, le docteur Jacques Grasset, pourtant grand spécialiste de la question, reconnaît qu’il n’est pas parvenu à obtenir d’explication de l’administration :
« Ces timbres ont-ils été saisis par la poste avant d’être utilisés ? Ont-ils été faits pour l’exploitation future des collectionneurs ? Autant de questions auxquelles aucun responsable de l’administration des postes n’a pu nous répondre. »
Autre spécialiste des faux, Francis Dusserre Telmon avance pour sa part, dans Faux et usage de faux en 1993, l’hypothèse d’une simple « plaisanterie faite à la suite d’un pari stupide de dessinateurs ignorant qu’on ne plaisante pas avec l’Administration ». Mais cette explication n’est pas la bonne.
La réalité : des faux fabriqués en Corée pour une opération de propagande
C’est finalement le journaliste philatélique américain Ken Lawrence qui dévoile le fin mot de l’affaire dans un article publié en mars 1993 dans le France and Colonies Philatelist.
Ces timbres ont été fabriqués par de petits groupes d’action communiste infiltrés en Corée du Sud. Nous sommes alors au début des années 1960, moins de dix ans après l’armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée, dans un pays où l’activité communiste est sévèrement réprimée.
Ces groupes, dont l’objectif est de diffuser par voie postale des courriers de propagande, ont l’idée, pour en dissimuler la véritable provenance et échapper plus facilement à la censure sud-coréenne, de maquiller des enveloppes en courriers provenant de pays étrangers alliés. La France est concernée, mais également l’Allemagne ou les Etats-Unis.
A noter que le souci du détail va assez loin : les timbres ne sont pas les seuls éléments contrefaits. Les oblitérations le sont également. Pour la France, on rencontre ainsi notamment un faux cachet à date de Besançon, dans le Doubs.
Ainsi déguisées, les enveloppes, qui contiennent des tracts et documents attaquant violemment le pouvoir en place. sont ensuite introduites dans le circuit postal et adressées à des destinataires choisis en fonction de leur orientation politique.
Des faux devenus plus rares que les vrais
On ne sait pas combien de ces courriers ont été mis en circulation, mais il est certain que peu d’entre eux subsistent aujourd’hui : la plupart des destinataires, par peur ou par loyauté, les ont en effet détruit ou remis aux autorités.
De ce fait, les faux 20 c. Semeuse atteignent des prix élevés lorsqu’ils passent aux enchères : une des paires du faux 20 c Semeuse qui illustrent cet article s’est ainsi vendue aux États-Unis 7 500 dollars dans les années 1990. Un niveau de prix dont on peut raisonnablement penser qu’il restera à tout jamais hors de portée des faux chinois actuels.
Source : Faux timbres français fabriqués en Corée, Jean-Luc Trassaert, Le Monde des philatélistes n°545, novembre 1999.
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N°Yvert 2480b - vert omis - neuf** - SUP - signé et avec certificat papier Calves - 950 euros
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