Le n°34 : aux origines d'un grand mystère philatélique
Newsletter de la maison Calves #96
Nous avons actuellement le plaisir de proposer, dans notre Sélection de l’expert, quelques-unes des grandes vedettes des de la philatélie française - des timbres que l’on ne voit passer que rarement sur le marché. Le “Rivière bretonne” en couleur ardoise, la bande du Centenaire avec dentelure inversée, la série Francisque en blocs de 4 exemplaires coins datés, etc.
Mais connaissez-vous vraiment l’histoire de ces timbres ? Les catalogues, souvent, restent étonnamment discrets à leur sujet. C’est pour combler cette lacune que nous entamons aujourd’hui une série d’articles destinés à vous présenter les circonstances parfois singulières de leur émission.
Après le n° Maury 540A en bleu-gris au lieu de violet et du n°325A en rouge carminé, c’est aujourd’hui au tour du n°34 de voir son histoire dévoilée.
Bonne lecture !
La Maison Calves tient à saluer avec émotion la mémoire de Michel Melot, disparu le 8 mai 2026, dont la plume, la rigueur et la curiosité ont profondément marqué plusieurs générations de collectionneurs.
Pendant plus d’un demi-siècle, à travers Le Monde des philatélistes, Timbroscopie, Timbroloisirs puis Timbres magazine, Michel Melot a exploré avec une exigence rare l’histoire postale, les grandes raretés et les multiples facettes du monde du timbre. Ses innombrables articles, alliant précision, clarté et passion, ont constitué - et constituent encore - une source d’inspiration précieuse pour notre propre travail éditorial.
Ses écrits continueront longtemps d’éclairer et de transmettre l’amour de la philatélie.
Le n°34 : aux origines d’un grand mystère philatélique

Le 10 centimes bistre Napoléon III lauré surchargé d’un large « 10 » bleu demeure l’un des grands mystères de la philatélie française. « Il n’existe nulle part dans les archives de trace de cette surcharge, écrivait ainsi en 1964 le docteur Joany dans les Documents philatéliques, et ce qu’on en a dit reste bien discutable. »
Pour comprendre son apparition, il faut revenir à l’effondrement brutal du Second Empire.
En septembre 1870, après la défaite de Sedan face à la Prusse, Napoléon III est capturé. L’Empire s’effondre, la République est proclamée dans l’urgence, tandis que Paris est assiégé. Durant de longs mois, la capitale vit coupée du reste du pays, jusqu’à l’armistice de janvier 1871.
Mais la paix ne ramène pas immédiatement l’ordre. Au printemps 1871, Paris se soulève contre le gouvernement installé à Versailles. C’est la Commune de Paris, expérience révolutionnaire aussi brève que violente, écrasée lors de la Semaine sanglante, du 21 au 28 mai 1871.

Quelques jours plus tard, alors que la ville porte encore l’odeur de la poudre et des incendies, les fonctionnaires revenus de Versailles découvrent, dans les bureaux de poste réinvestis à la hâte, des millions de timbres imprimés par les Communards.
Et, surprise, ces timbres, par ailleurs de très bonne facture, sont à l’effigie de l’Empereur déchu. Pour quelles raisons ? Tout simplement parce que la poste communaliste, n’ayant pas trouvé les planches de Cérès, emportées par les agents de l’administration lors de l’évacuation de Paris en mars 1871, avait utilisé les galvanos de l’émission laurée, restés sur place.
D’après les comptes - très bien tenus - de la poste communaliste, il y avait ainsi notamment en stock environ 4 000 000 de timbres à 10 centimes. Une partie fut immédiatement prélevée pour approvisionner les bureaux, tandis que le reste était conservé en magasin.
Mais un problème se pose rapidement : à partir du 1er septembre, le tarif de la lettre locale passe de 10 à 15 centimes. Le 10 centimes impérial risque désormais, par sa teinte bistre très proche, d’être confondu avec les nouveaux 15 centimes Cérès.

Par ailleurs, il devient de plus en plus problématique pour le gouvernement républicain de continuer à diffuser des timbres à l’effigie de l’Empereur. Toutefois, il n’est pas question de détruire ces stocks. Les économies drastiques auxquelles l’administration doit se soumettre - dans le contexte du lourd poids de la dette de guerre - imposent la prudence.
D’où l’idée, du moins le suppose-t-on, de surcharger les timbres d’un grand chiffre 10. Le procédé présente un double avantage : modifier visuellement le timbre afin d’éviter toute confusion avec le 15 centimes Cérès, tout en « barrant » symboliquement l’effigie de l’empereur déchu pour permettre son utilisation sans trop de difficulté par le public.
L’opération a, en tout cas, été réalisée sur un nombre limité d’exemplaires, peut-être à titre expérimental ou préparatoire.
Reste une question : pour quelles raisons ces timbres ne furent-ils finalement jamais émis ? L’explication la plus vraisemblable tient à la qualité aléatoire de la surcharge, souvent mal imprimée. Elle n’aurait pas été jugée suffisamment satisfaisante pour une mise en circulation. Le projet aurait alors été abandonné discrètement, sans communication officielle.
Notons qu’il subsiste aujourd’hui plusieurs exemplaires de ces timbres dans les archives du Musée de la Poste. Leur présence, qui ne doit certainement rien au hasard, leur confère un indéniable caractère officiel.
Ajoutons enfin qu’avec une cote avoisinant 3 500 euros en qualité neuf*, ce timbre continue de faire rêver de nombreux collectionneurs. Inutile, en revanche, de le rechercher oblitéré : n’ayant jamais été émis, les exemplaires existant dans cet état ne sont que des fantaisies tardives, réalisées par des philatélistes ou des marchands de timbres.
Egalement dans notre sélection de l’expert :
N°18 - Empire - 1 fr. carmin - oblitéré - SUP - signé et avec certificat papier Calves - 995 euros
N°23 - Empire - 40 c. orange - neuf* - SUP - signé et avec certificat papier Calves - 695 euros
N°24 - Empire - 80 c. rose - neuf* - TB - signé et avec certificat papier Calves - 595 euros
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