Petit timbre, grande querelle : la vignette du Ravitaillement général
Newsletter de la maison Calves #79
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Petit timbre, grande querelle : la vignette du Ravitaillement général
Il n’y a pas que les timbres à forte cote dont l’histoire est digne d’intérêt. Prenons le cas d’un modeste timbre rectangulaire bleu et rouge, émis en 1946, à l’apparence pour le moins déroutante : on n’y lit ni « POSTES » ni « France », mais la mention « Ravitaillement général – Affranchissement en compte avec l’administration des Postes ». Bien peu de philatélistes seraient capables d’expliquer à quoi il a réellement servi ou même de définir clairement son statut. Et pour cause : dès son apparition, ce timbre a suscité de vives controverses. Dans les numéros de 1950 du Bulletin officiel de la Fédération des sociétés philatéliques françaises, C. Guéritault, membre de l’Académie de Philatélie, affirme qu’il ne s’agit que d’une simple vignette, indigne de retenir l’attention des collectionneurs. À l’inverse, la Société philatélique de Besançon soutient avec vigueur qu’il s’agit bel et bien d’un timbre à part entière. Alors, qui faut-il croire ? Chacun se fera sa propre opinion. Mais un fait demeure : plus de soixante-quinze ans après son émission, le consensus n’est toujours pas établi. En effet, s’il figure bien dans les catalogues (il porte le n°15A des timbres de service chez Yvert et Tellier), certains éditeurs d’albums continuent de ne lui réserver aucune place dans leurs pages… Bonne lecture !
“Notre attention s'était trouvée appelée, il y a quelques mois, sur des articles publiés dans la presse philatélique française et même étrangère, au sujet de la vignette que le Ravitaillement Général avait fait apposer, en 1946, sur des formulaires cartes postales, destinés à faciliter le renouvellement des cartes d'alimentation. On estimait, d'un côté, qu'il s'agissait d'un véritable timbre-poste officiel de Service, méritant d'être catalogué comme tel, et, par ailleurs, que ce n'était, de fait, qu'une vignette administrative ne représentant pas une valeur fiduciaire postale.
Il nous sembla intéressant de chercher à éclaircir ce problème. (…) Lorsque le Ministère du Ravitaillement voulut faire renouveler les cartes d'alimentation en 1946, et en vue d'éviter des doubles emplois et des fraudes, il fit imprimer des « fiches de contrôle », que devait remplir chaque consommateur, et qui devaient ensuite être acheminées des Mairies où elles étaient établies aux Mairies du lieu de naissance des intéressés.

Le Ministère du Ravitaillement pensait que ces fiches de contrôle seraient expédiées en franchise postale et demanda, à cet effet, l'accord du Ministère des P.T.T. Dans une lettre (…) du 6 mai 1946, adressée à M. le Ministre du Ravitaillement par M. le Ministre des P.T.T., celui-ci, rappelant que la question avait été examinée au cours du dernier Conseil des Ministres, indiquait qu'il s'était de nouveau penché sur le problème, mais qu'il lui était impossible d'accorder la franchise postale demandée pour ces fiches de contrôle. Toutefois, désireux de faciliter le contrôle du Ravitaillement, il était disposé à admettre les dites fiches en dispense d'affranchissement, sous réserve que la valeur du service rendu soit remboursée par le Ravitaillement au budget annexe des P.T.T. (…)
Malheureusement, les Services du Ravitaillement, qui ne prévoyaient pas ce refus de franchise, avaient, vu l'urgence, déjà fait imprimer les fiches de contrôle sous forme de cartes postales, portant à l'angle supérieur droit un rectangle, de la dimension approximative d'un timbre-poste, contenant la mention imprimée : « Franchise Postale ».

A la suite d’un échange de nouvelles conversations entre les deux Ministères, M. le Ministre des P.T.T. adressa a M. le Ministre du Ravitaillement une nouvelle lettre (…). Celle-ci précisait que les fiches, ne pouvant bénéficier de la franchise postale, mais seulement, et à titre tout à fait exceptionnel, de la dispense d’affranchissement, il importait absolument que la mention « Franchise Postale » fut remplacée par l’indication “Affranchissement en compte avec l’Administration des Postes”.
Il était en conséquence demandé au Ravitaillement de faire procéder à la confection de papillons, portant cette dernière formule, les mairies devant les faire apposer sur les fiches-cartes postales, de façon à masquer l’indication « Franchise Postale ». Dans ces conditions. M. le Ministre du Ravitaillement fit imprimer les dits papillons (…).
Les « papillons » ou « vignettes », collés sur les cartes à l'emplacement portant la mention « Franchise postale », se présentent sous la forme d'étiquettes dentelées, portant uniquement au centre, en typographie, la mention, imprimée en rouge sur 4 lignes: Affranchissement en compte avec l'Administration des Postes, encadrée d'une autre mention typographique en bleu, « Ravitaillement Général », deux fois répétée.

Le décret No 46.1312 du 6-6-46, du Ministre du Ravitaillement, publié au Journal Officiel du 7 juin, et « relatif au renouvellement et au contrôle des cartes individuelles d'alimentation », confirmait, en son art. 8, les dispositions précitées, spécifiant que les fiches de contrôle du modèle carte postale seront adressées... avec dispense d'affranchissement (le prix du port de ces correspondances sera remboursé au budget annexe des P.T.T. par le Ministère du Ravitaillement).
(…) En présence de tous ces textes officiels concordants, il nous semble que les « papillons » ou « vignettes » en question n'ont jamais été assimilables ou assimilés, dans l'esprit des Départements ministériels intéressés, et en particulier de la Direction des Postes, à un timbre-poste de service (puisqu'il est notamment partout spécifié que les fiches de contrôle-cartes postales circuleront « avec dispense d'affranchissement » ou « sans affranchissement »), et que ces papillons ou vignettes n'ont constitué qu'une disposition de fortune, pour masquer les mots « Franchise postale », afin de pouvoir bénéficier d'une dispense d'affranchissement, comme indiqué ci-dessus.
L'Administration des Postes n'eut du reste aucun contrôle sur ces vignettes, ni pour leur distribution ni pour leur utilisation, et seul le comptage des fiches de contrôle dut servir de base au remboursement ultérieur aux P.T.T. Nous remarquerons, en outre, que les dites vignettes n'ont pas été fournies par l'Administration des Postes et qu'elles ne portent aucune des mentions réglementaires, « R. F. » ou « France » et « Postes ». Nous croyons enfin savoir que l'Administration a d'ailleurs pris position, a diverses reprises, et encore assez récemment, à ce sujet, en spécifiant que les « papillons » en question ne sauraient être considérés comme des timbres-poste. Que pourrait-on ajouter à cette dernière indication ?
C. Guéritault, de l’Académie de Philatélie”
À cet article, répond quelques semaines plus tard une prise de position de la Société philatélique de Besançon, qui campe fermement sur ses positions. Pour elle, il n’y a pas de doute : ce timbre est bien un timbre à part entière, qui mérite pleinement sa place dans les catalogues.
“(…) Nous remercions vivement M. C. Guéritault, de l’Académie de Philatélie, de l'intéressante documentation qu'il nous a procurée, mais nous lui demandons de continuer cette étude en soulevant de nouvelles questions (…) Ce timbre est-il susceptible de trouver place dans une collection de timbres-poste ? On nous objecte :
que l'Administration des Postes n'eut aucun contrôle sur ces vignettes ni pour leur distribution ni pour leur utilisation.
que ces vignettes n'ont pas été fournies par l'Administration des Postes.
qu'elles ne portent aucune mention réglementaire : R.F. ou France et Postes, ou encore d'indication de valeur.
Que l'Administration a spécifié que ces papillons en question ne sauraient être considérés comme des timbres-poste.
Pour répondre à ces objections, il suffit d'ouvrir un catalogue de timbres-poste pour y voir par exemple ;
des timbres émis par la S.N.C.F. pour affranchir certaines catégories de colis non postaux sur lesquels l'Administration des P.T.T. ne parait pas avoir eu de contrôle soit pour leur distribution soit pour leur utilisation ;
des timbres de grève ou de guerre qui n'ont pas été fournis par l'Administration des P.T.T. (timbres des Chambres de Commerce d'Amiens, de Valenciennes ou de St-Nazaire) ;

Le timbre de la Chambre de Commerce de Valenciennes, émis localement en 1914 hors de tout contrôle de l’administration postale, et qui ne porte aucune des mentions “R.F”, “France” ou “Postes”. Ce timbre a fait l’objet d’une précédente newsletter. que les timbres de Franchise Militaire n'ont pas, actuellement, d'indication de valeur, et que les timbres des Chambres de Commerce n'ont pas les mentions « R.F. », « France » ou « Postes » ;
des timbres que l'administration des Postes ne peut pas considérer comme des timbres-poste (timbres de Radiodiffusion, timbres des cours d'instruction des agents des P.T.T.).
Dans ces conditions, on voit mal pourquoi le « Timbre du Ravitaillement » ne pourrait pas avoir sa place dans une collection de timbres-poste, puisque, selon les textes officiels, « toute fiche remise à un bureau de poste, sans être munie de cette vignette, sera refusée impérativement ». Il y a lieu de noter que le mot « vignette » est employé par l'administration des P.T.T. comme synonyme du mot « timbre » pour désigner des vignettes postales, et qu'elle emploie le mot « timbre » dans l'expression « timbre à date » pour désigner des cachets oblitérants. (…)
En l'état actuel des choses, on ne peut que conseiller aux philatélistes de mettre dans leurs albums les timbres du Ravitaillement, comme cela s'est produit pour les timbres pour imprimés dits préoblitérés (qui à leur parution n'étaient pas admis dans les catalogues comme des timbres ayant par la préoblitération une personnalité bien particulière), on peut être certain que, malgré des avis contraires, le « timbre du Ravitaillement » aura obtenu - dans un avenir plus ou moins lointain - droit de cité dans les catalogues français, et, par conséquent, dans les collections. Mais alors, à quel prix…
Société Philatélique de Besançon”
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