Le n°325A : comment un timbre décrié est devenu une vedette de la philatélie française
Newsletter de la maison Calves #95
Nous avons actuellement le plaisir de proposer, dans notre Sélection de l’expert, quelques-unes des grandes vedettes des semi-modernes de France - des timbres que l’on ne voit passer que rarement sur le marché. Le “Rivière bretonne” en couleur ardoise, la bande du Centenaire avec dentelure inversée, la série Francisque en blocs de 4 exemplaires coins datés, etc.
Mais connaissez-vous vraiment l’histoire de ces timbres ? Les catalogues, souvent, restent étonnamment discrets à leur sujet. C’est pour combler cette lacune que nous entamons aujourd’hui une série d’articles destinés à vous présenter les circonstances parfois singulières de leur émission.
Après le n° Maury 540A en bleu-gris au lieu de violet, c’est aujourd’hui au tour du n°325A en rouge carminé de voir son histoire dévoilée.
Bonne lecture !
Le n°325A : comment un timbre décrié est devenu une vedette de la philatélie française

Après le faste des précédentes éditions, notamment celles de 1889 et de 1900, on a parfois tendance à oublier l’Exposition universelle de 1937 (officiellement appelée “Exposition internationale des Arts et des Techniques appliqués à la Vie Moderne”). Il s’agit pourtant d’un événement considérable. Inaugurée le 4 mai par le président de la République Albert Lebrun, elle dure plus de six mois et accueille près de 32 millions de visiteurs et 52 pays exposants, le tout sur une surface de 100 hectares entre la colline de Chaillot à la place d’Iéna.
Pourquoi cette relative amnésie ? Sans doute parce que cet événement a connu bien des déboires. Pour commencer, si les pavillons de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon sont achevés pour l’inauguration, en revanche, seule la Belgique a relevé le défi en temps et en heure dans le camp des démocraties. En cause : une crue de la Seine et un mouvement social déclenché par le refus de la France de venir en aide aux Républicains espagnols. De ce fait, pendant plusieurs semaines, les visiteurs côtoient les ouvriers (lesquels refusent toujours obstinément de faire des heures supplémentaires).

En outre, dans l’esprit du Commissariat général de l’exposition, celle-ci était censée promouvoir l’entente entre les nations (ordre avait ainsi été donné aux pays participants de privilégier la couleur bleue, symbole de paix). Malheureusement, c’est tout l’inverse qui se produit. Plus que la Fée électricité (l’immense fresque 600 m2 réalisée par Raoul Dufy) ou que le Palais de Chaillot (édifié pour remplacer le Palais du Trocadéro), c’est le face à face des pavillons soviétique et allemand, de part et d’autre de l’allée centrale, qui frappe les esprits. D’un coté, s’élève une sculpture monumentale haute de 24,5 mètres, L’Ouvrier et la Kolkhozienne, prônant les valeurs communistes. De l’autre, comme dans un jeu de miroir, se dresse un aigle énorme, symbole guerrier, tenant dans ses serres la tristement célèbre croix gammée. Beaucoup ne s’y trompent pas et voient dans cette confrontation la menace très claire d’une guerre à venir.
Par ailleurs, du côté de la poste française, c’est une véritable débâcle à laquelle on assiste. Tout avait pourtant bien commencé, en janvier 1936, lorsque le Commissariat général de l’exposition avait lancé un concours auprès des meilleurs artistes-concepteurs de timbres pour un petit et un grand format destinés à contribuer à la publicité autour de l’événement. Ce concours, en lui-même, est un succès, les candidats participant en masse (malgré une rémunération dérisoire de 5 000 F par projet retenu).

L’annonce des résultats, en revanche, tourne à la catastrophe. Le grand format (un “Rideau s’ouvrant sur la terre et l’univers” dessiné par Jean-Gabriel Daragnès) est jugé pompeux. Quant au petit format (dessiné par Démétrius Galanis et représentant Mercure devant le Palais de Chaillot), il fait le bonheur des caricaturistes, la divinité étant notamment comparée à un squelette. Les Beaux-Arts, qui ont présidé au choix des maquettes, sont directement mis en cause par la grande presse.
Face à une telle bronca, le couperet tombe. Dès octobre 1936, décision est prise de stopper l’impression des timbres. Pire encore, le 10 mai 1937, une circulaire des PTT ordonne leur retrait “total et immédiat” des bureaux de poste, en raison de l’apparition en région parisienne de quantités importantes de faux pour tromper la Poste. D’où cette situation paradoxale : lorsque l’exposition ouvre au public quelques jours plus tard, les bureaux temporaires ne peuvent vendre que de banals timbres aux types Semeuse et Paix… et non ceux spécialement imprimés pour l’occasion. Mais l’histoire des Mercure de Galanis ne s’arrête pas là.
Nouveau rebondissement dans les années 1970 : quelques timbres à 50 centimes de couleur rouge carminé au lieu de rouge-orange réapparaissent sur le marché. A l’époque, il s’agit d’un véritable coup de tonnerre, car après examen, il ne fait aucun doute qu’il s’agit bien du même timbre, mais dans une couleur non émise. Le fait que la fabrication soit allée aussi loin montrer que, jusqu’au dernier moment, la couleur du 50 centimes a fait débat.

Le 50 centimes Mercure de couleur rouge carminé est désormais dûment répétorié par les catalogues et constitue, avec une cote de 12 500 euros chez Yvert et Tellier, l’une des valeurs vedettes des semi-modernes de France. Une belle réhabilitation pour ce timbre mal aimé !
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