Les fleurons d’Alep : ces timbres que les experts redoutent
Newsletter de la maison Calves #93
Il n’existe pas de meilleur moyen de parfaire sa culture philatélique qu’en se plongeant dans la lecture de la presse et des publications anciennes, dans lesquelles se trouvent quantité d’informations précieuses et érudites.
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Actualités de la maison Calves
Nous aurons le plaisir de vous retrouver le week-end prochain (25 et 26 avril) à Pau, à l’occasion du congrès Aquitaine Passion Collection 2026, organisé par le Groupe Philatélique Béarnais pour son centenaire. Cet événement, qui s’annonce comme l’un des rendez-vous majeurs de la saison, réunira collectionneurs, exposants et marchands autour du congrès du Groupement Philatélique d’Aquitaine, d’une exposition philatélique régionale de 300 cadres et d’une bourse aux collections réunissant plus de 40 exposants. La Maison Calves y participera activement, avec la présence sans interruption des experts Christian Calves et Alain Jacquart pour des séances d’expertise - une occasion d’obtenir un avis direct sur vos lettres et timbres dans un cadre convivial. Nous serons ravis d’échanger avec vous, de découvrir vos pièces et de partager notre passion commune pour la philatélie.
Samedi 25 avril de 10 h à 18 h. Dimanche 26 avril de 9 h à 17 h. Complexe de Pelote, 458 boulevard du Cami-Salié à Pau.
Les fleurons d’Alep : ces timbres que les experts redoutent
Cette semaine, une fois n’est pas coutume, nous abordons une catégorie de timbres que nous n’aimons pas expertiser : les fleurons d’Alep. Beaucoup de collectionneurs imaginent volontiers les experts comme étant dotés d’une science infaillible, et capables de détecter tous les faux sans exception. La réalité est plus nuancée. Il existe - fort heureusement de façon exceptionnelle - des cas où l’observation la plus fine et l’expérience la plus solide atteignent leurs limites. Les fleurons d’Alep en font partie. La difficulté est ici que que certains faux ont été fabriqués à l’époque même où les timbres ont été émis… et avec le matériel d’origine. Nous vous proposons d’explorer ce sujet en nous appuyant sur un article très éclairant du lieutenant-colonel Prevet, publié dans les Cahiers philatéliques du 25 janvier 1947.
“La création de la série « Fleurons » a été nécessitée par la disparition en tant que monnaie légale, de la piastre égyptienne (…) et son remplacement par la piastre libano-syrienne (de nouvelle création), basée sur le franc français, de valeur moindre que la précédente (⅓ environ) et sujette aux fluctuations de change.
Pour comprendre les perturbations apportées par ce changement, il est indispensable de jeter un rapide coup d'œil sur la situation politique et administrative de la région sous mandat français. (…) Nous avons du Nord au Sud :
Une zone côtière s'étendant jusqu'à la Palestine et comprenant : le Sandjak d'Alexandrette ; le territoire des Alaouites ; l’Etat du Grand Liban (ainsi dénommé depuis le rattachement de Beyrouth et des districts de Rachaya et d'Hasbaya).
Une zone intérieure, parallèle à celle ci-dessus et comprenant : l'Etat d'Alep ; l’Etat de Damas passé sous l'Administration française, depuis la victoire de Merseloun (juin 1920) remportée par le général Gouraud sur le roi Fayçal.
Au point de vue psychologique et économique, il y avait de profondes divergences de mœurs et de coutumes entre ces contrées. La longue bande côtière était surtout peuplée de commerçants très actifs (les descendants de ces commerçants des anciennes « Echelles du Levant ») habiles, instruits, parlant couramment quatre ou cinq langues, habitués aux échanges avec l'Orient et I'Occident et rompus aux questions de change. L'introduction de la monnaie papier libano-syrienne qui avait force libératoire, tout en maintenant la circulation parallèle de l'or, fut pour eux une complication indéniable mais qui fut vite acceptée et résolue.
Il n'en fut pas de même dans l'Etat d'Alep. Le commerce avec la Turquie, la Perse et l'Iraq était surtout caravanier, et se réglait uniquement par de l'or et de l'argent (Medjidiehs, monnaie divisionnaire). Il faut signaler que de tout temps, en Turquie, il y eut des quantités considérables d'or (livres turques, livres égyptiennes, « Napoléons » français provenant d'emprunts or faits en France). Tout cet or avait libre cours lors de notre prise de possession du mandat.
Les populations et administrations de l'Etat d'Alep refusèrent tout net la nouvelle monnaie papier. En particulier, les postiers furent fort embarrassés de vendre leurs timbres en monnaie-papier, et de se faire payer en or. Il devenait dès lors indispensable de sanctionner cette situation de fait en donnant aux timbres une valeur or, et en établissant de nouveaux tarifs des ports de lettres. La question fut résolue par apposition des « fleurons » sur les timbres en cours de la zone côtière. (…)
En vue de l'application des dispositions énumérées ci-dessus dans l’Etat d’Alep, il fut commandé à Paris, vingt-cinq matrices de fleurons. (…). L'Inspecteur général des Postes des Etats sous-mandat à Beyrouth chargea le Directeur syrien des Postes de I'Etat d'Alep de faire procéder par ses services, à l'apposition des fleurons.

Le tirage fut fait par planches de 50 timbres pour les valeurs de petit format, au type Semeuse. Chacun des deux panneaux de 25 de la planche étaient surchargés séparément par la même et unique composition, et par planches de 25 pour les timbres de grand format au type Merson.
Le fleuron noir apparaît en juillet 1920 (…). Le fleuron rouge est ensuite substitué au fleuron noir parce que ce dernier était trop peu visible, notamment sur le 1 p. vert et le 100 p. bleu. (…) La surcharge rouge fut seule imprimée dès ce moment (..).

Envisageant la possibilité de fausses surcharges pour frauder la Poste, l’administration interdit formellement la vente des timbres aux particuliers. Les lettres ou paquets à expédier devaient être remis aux guichets où les postiers les affranchissaient eux-mêmes contre payement en numéraire. (ce qui constitue une des causes de rareté de ces timbres à l'état neuf).
Du point de vue technique, l'application du fleuron, par planches entières aboutit à un résultat lamentable ; mal nivelés dans la forme, les uns ne « portèrent pas » (d'où les absences signalées tenant à des normaux) ; d'autres, trop encrés, ne donnèrent qu'un informe carré (surtout dans les noirs). (…)

A ce moment, apparurent les collectionneurs et marchands (…). Et, ici, il est permis de supposer qu’il y eut des complaisances dans le service. L'apposition de surcharges à la main, pour remplacer les vides typographiés, avait permis de constater que ces dernières étaient fort nettes. La voie était ouverte. On peut considérer que, dès cette époque, parurent des séries entières faites à la main, avec beaucoup de soin, infiniment nettes et avec l'encrage particulier des surcharges rouges. Quant aux surcharges doubles (toujours dont l'une fort légère) ou en deux couleurs (dont la noire fort légère) ou manquantes, elles furent authentiques pour les petites et moyennes valeurs.
Il n'est pas possible de donner de chiffres, même approximatifs, sur les tirages. Dans les quantités envoyées de Beyrouth à Alep on ignore le nombre de timbres surchargés (...) ; et, dans ces quantités, le nombre surchargé en noir, et en rouge. (…)
Il y eut dans l'emploi de ces timbres, de nombreux abus, surtout pour les séries destinées aux philatélistes. Avec toute la réserve qui s'impose au rédacteur de cet article, on comprendra combien il était facile de se procurer des séries en cours dans la zone côtière et de les surcharger clandestinement. Bien mieux. Comme, entre temps, le cours forcé de la livre libano-syrienne venait d'être décrété pour les états d'Alep et de Damas, la suppression des fleurons en fut la conséquence directe par l'abolition de la monnaie-or. Peu de temps après, une commission officielle se réunit pour dresser Procès-verbal de la destruction des fleurons ; mais elle omit de constater qu'il manquait deux poinçons déclarés perdus. Depuis ce temps on a fait, et on peut encore faire, tout ce que l’on veut comme variétés (…). On a utilisé pour les surcharges rouges de l’encre tampon du commerce (surcharges fort nettes et appliquées avec soin), alors que l’encre initiale est d’une composition et d’une nuance caractéristiques (rouge-brique tirant légèrement sur le brun).

Une fois de plus et étant donné que toutes les fantaisies, qui se sont donné libre cours ont été faites avec les matrices authentiques, l’expertise de ces timbres, (à l'exception des surcharges rouges) est extrêmement difficile.
La rareté des timbres authentiques est incontestable ; elle se justifie pour les neufs : par l'interdiction de la vente aux guichets de la Poste; par le prix de revient élevé de la série (…); de l'incertitude qui découlait en tant que placement de fonds du stockage de ces séries en raison des fluctuations du change.
Pour les oblitérés, les petites valeurs pour affranchissement ordinaires et recommandés se trouvent couramment. Les 10 et 25 piastres servaient aux banques. Les 50 et 100 piastres ont servi presque exclusivement pour l'affranchissement des gros paquets recommandés ou valeurs déclarées pour l'Amérique, notamment pour le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay, où les colonies d'émigrés libano-syriens sont extrêmement nombreuses.

A noter enfin, qu'au moment où la suppression des fleurons fut officiellement décidée, il restait un stock assez important de petites et moyennes valeurs, surchargées en rouge, il ne fut pas détruit. Sortis du compte « piastres-or ›, ils furent repris en charge en « monnaie-papier » et vendus comme tels. Ils furent accaparés séance tenante et ce sont les seuls que l'on retrouve en feuillets entiers de 25 notamment les 1 P. et 5 piastres. Ceci explique le bon marché relatif de ces séries neuves.
Lieutenant-colonel PREVET.”
Nouveau dans notre sélection de l’expert :
N°23 - Empire - 40 c. orange - neuf* - SUP - signé et avec certificat papier Calves - 795 euros
Taxe n° 8 - 60 c. jaune-bistre - neuf* - TB - signé et avec certificat Calves - 225 euros
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