Après la France, l'Italie : les timbres d'un pays en guerre
Newsletter de la maison Calves #100
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Actualités de la maison Calves
Le tirage au sort de notre jeu-concours a eu lieu et nous avons le plaisir de vous annoncer le nom du gagnant du n°34 de France. Toutes nos félicitations à Daniel Clausner, de Mougins, qui remporte ce timbre mythique accompagné de son certificat d’authenticité Calves. Nous remercions chaleureusement l’ensemble des participants pour leur enthousiasme et l’intérêt qu’ils portent à nos publications. Encore bravo à notre heureux gagnant !
Dernières heures pour notre vente flash : quelques opportunités restent à saisir !
Après la France, l'Italie : les timbres d'un pays en guerre
Nous évoquons régulièrement dans cette newsletter les émissions françaises nées des bouleversements de la guerre. Mais l’Italie de 1943-1945 offre elle aussi un terrain d’étude passionnant. Après l’armistice de septembre 1943, le pays se retrouve partagé entre les Alliés au sud et la “République sociale italienne” soutenue par l’Allemagne au nord, donnant naissance à de nombreuses émissions locales et surcharges de circonstance. Cette histoire, encore peu connue des collectionneurs français, est racontée dans une série d’articles publiés en 1947 dans Le Timbre par L. Bergoglio, que nous reproduisons aujourd’hui. Bonne lecture !
Emission de Zara
“Plusieurs émissions faites en Italie pendant l'occupation allemande qui suivit la proclamation de l'armistice par le maréchal Badoglio à la radio, le soir du 9 septembre 1942,n'ont pas encore eu les honneurs des grands catalogues internationaux. Cependant, il s'agit, dans la plupart des cas, d'émissions présentant un caractère officiel au moins aussi solide que celui de maintes autres émissions de guerre admises à la cote.
Le catalogue Yvert et Tellier, en particulier, passe totalement sous silence. dans son édition de 1946, les émissions faites dans les derniers mois de 1943 à Zara, cette petite enclave italienne du littoral yougoslave qu'entoure complètement un hinterland peuplé de Slaves. Ces émissions ont une histoire.
Tandis que les troupes allemandes disloquées en Italie prenaient des mesures draconiennes contre les divisions de leur ancien allié, le Reich autorisait Ante Pavelic, “poglavnik” de l'Etat croate, à occuper le littoral dalmate jusqu'alors contrôlé par l'Italie. Puis, à leur tour, les Allemands s'emparaient de Zara.
Le 28 septembre 1943, la Kommandantur de Zara procédait à l'émission d'une première série générale destinée à marquer leur autorité. Elle consista en l'apposition, sur les stocks de timbres italiens trouvés dans la ville, de la surcharge en noir sur trois lignes “Deutsche Besetzung Zara” qui se traduit par “Occupation allemande Zara”.
Cette surcharge irrita fort Mussolini. On pria alors le général Wollf, le tout-puissant SS qui régnait sur l'Italie, de remplacer cette surcharge par une autre moins désobligeante pour l’amour-propre des chemises noires.
Une deuxième émission remplaça donc la première quelques semaines plus tard. La nouvelle surcharge ne comprenait plus aucune allusion désobligeante à la réalité de l'oppression allemande.
Pour les deux séries, on utilisa les timbres de l'émission italienne dite “impériale”, celle de poste aérienne, la série des chiffres-taxe, etc. Et comme certains de ces timbres n’existaient qu'en stock infime, les surcharges correspondantes constituent d'incontestables raretés. Tel le 25 L avec la première surcharge dont le tirage a été de... 32 exemplaires : le 50 Lire, tiré à 47 ; le 10 L avion, tire à 50.
D'ailleurs, le 16 janvier 1944, Zara fut soumis à un terrible bombardement de l’aviation alliée. La poste prit feu, et une grande partie des timbres surchargés se trouva détruite. Comme on le voit, les surcharges de Zara présentent un intérêt philatélique certain. Elles ont été émises dans des conditions parfaitement régulières et possèdent tous les titres requis pour avoir droit de cité dans les grands catalogues.
Emissions de Brescia et de Vérone
Tandis que l'allié allemand procédait, à Zara, à ses émissions particulières et poursuivait sa mainmise sur l'Italie du Nord, le gouvernement de Mussolini avait des soucis plus pressants que d'émettre des timbres poste. Plusieurs mois s'écoulèrent donc avant qu'il s’avisât de juger indésirables les figurines à l'effigie royale.
Ce retard parut insupportable à certains néo-fascistes “républicains” et, vers la fin de de 1943, prit date une initiative assez originale.
A Brescia, où était installé quartier général des chemises noires - devenues la Guardia Nazionale Repubblicana (G.N.R.) - quelques miliciens inventifs décidèrent de brusquer les choses et de marquer, au moins philatéliquement, l’avènement de l'ordre nouveau.
Ces guerriers pacifiques - au front, on ne les avait jamais vus - s'emparèrent de tout le stock de figurines courantes du bureau central de Brescia, les remirent a une imprimerie privée et firent apposer les initiales “G.N.R.” en surcharge typographique. C'est donc tout à fait à tort que le catalogue Yvert enregistre cette émission dans la rubrique « Timbres de la Libération ».

La surcharge affecte 53 timbres - poste ordinaire, poste aérienne et timbres-taxe. Les tirages furent savamment dosés. C'est ainsi que le 50 L. ne fut tiré qu'à cent exemplaires. ce qui assura aux astucieux entrepreneurs de substantiels profits - la série entière fut offerte à plusieurs milliers de lires.
L'émission n'avait jusque-là aucun caractère officiel. Mais cette lacune fut vite comblée. Après coup, le 15 mars 1945, le ministre néo-fasciste des postes couvrit de sa vacillante autorité l'initiative des miliciens de Brescia en signant un décret qui rendit valables toutes ces surcharges pour l'affranchissement du courrier.
Et non seulement il légitima ces timbres, mais encore il en fit exécuter un nouveau tirage beaucoup plus copieux, sur les presses de l'imprimerie d'Etat à Vérone. L'émission de Vérone est identique à l'émission de Brescia quant aux caractères employés pour la surcharge. Toutefois, l'émission de Vérone compte trois valeurs de plus : 10 L avion, 10 L et 20 L taxe.
Il est très difficile. voire impossible, de distinguer les deux émissions l'une de l'autre. Et comme ces surcharges sont très facilement imitables, il circule déjà beaucoup plus de surcharges fausses que de surcharges authentiques. Quant aux victimes, elles, on ne les compte plus parmi les négociants italiens. A noter que l'émission de Vérone n'a en rien lésé les heureux bénéficiaires de celle de Brescia. Le dosage des valeurs fut calqué sur celui des miliciens, car on eut a cœur, à Vérone, de respecter les avantages acquis. Même mal acquis.
Emission locale de Teramo
On se souviendra qu'après l'avance rapide de la VIIIe armée britannique pendant l'automne 1943, le secteur adriatique du front italien se stabilisa entre l'hiver et le printemps 1944 sur une ligne de feu qui allait de Minturno, sur la mer Tyrrhénienne (secteur de la V° armée fut américaine), touchait Cassino et, de là, parvenait à l'Adriatique, tout près de l'embouchure de la rivière Sangro. Teramo, placée au nord de cette dernière, se trouvait à l'arrière immédiat du théâtre des opérations et, par suite de la difficulté des communications, l'autorité du gouvernement néo-fasciste y demeura purement nominale. C'est alors que le chef de la province, nommé par Mussolini, voulut se signaler par son zèle néo-républicain. Comme les nouveaux timbres à faisceaux tardaient à arriver si loin, il sollicita personnellement de Mussolini en personne, l'autorisation de prendre des initiatives postales.
Il prit alors un arrêté et, le 16 février 1944, on apposa en toute hâte sur trois lignes la surcharge “Repubblica Sociale Italiana” sur la plupart des figurines, y compris les timbres par exprès et de poste aérienne qui pouvaient exister à la poste de Teramo.
Voici la liste des valeurs ainsi surchargées (numéros Yvert) : Poste ordinaire : 227, 228, 229, 230, 231, 232, 233, 442, 235 et 236. Lettres par exprès : 19. Poste aérienne : 11 a, 12, 12 a, 14. Au total, 16 valeurs qui eurent cours le plus régulièrement du monde pendant vingt jours seulement, jusqu'à l'arrivée de la série surchargée par les soins de l'Administration centrale. Le 8 mars 1944, les invendus furent retirés et envoyés à Rome où ils furent incinérés.
Il s'agit, en définitive, d'une émission purement locale, mais à laquelle ne manque rien pour qu'elle puisse être admise comme officielle. 200 séries furent envoyées à l'U.P.U. à Berne et les collectionneurs italiens lui ont fait, en général, un très bon accueil.
Malheureusement, le tirage de certaines valeurs (notamment le 1 lire à l'effigie de César (Yv. 442), dont seulement 1.200 pièces furent surchargées à Teramo) fut très limité : cela a alerté l'esprit entreprenant de certains spécialistes, lesquels profitèrent de ce que la surcharge en caractères typographiques était facile à imiter pour suppléer à leur façon à l'insuffisance des tirages. Au moins quatre falsifications sont actuellement connues. Il faut donc se méfier des fausses surcharges et exiger, éventuellement, une signature de garantie indiscutable.
Les émissions générales
En février 1944, l'administration postale néofasciste donna l’ordre aux directions de Rome, Vérone, Florence, Gênes, Milan et Turin de procéder localement à l'apposition d'une surcharge de circonstance sur les timbres en cours à l'effigie du roi. Elle mit à leur disposition le matériel nécessaire et les diverses imprimeries privées chargées de l'exécution apposèrent ainsi des surcharges identiques puisque réalisées avec des clichés dérivés d'un même prototype.

Il est extrêmement difficile, voire impossible, d'identifier les différents tirages sur des exemplaires isolés. Tout au plus peut-on observer des variétés de nuance dans les surcharges en rouge : rouge vif, rouge pâle, rouge violacé, lilas, etc.
Pour quelques valeurs, le tirage fut très important pour chacune des six villes. Par contre, celui d'autres valeurs comme le 75 c de Gênes, fut assez réduit. Les instructions de l'administration centrale visaient à ne surcharger que les valeurs courantes. (…) A Florence, toutefois, des fonctionnaires très zélés s'avisèrent que le 50 L violet ne pouvait continuer à s'orner du seul profit royal et qu'il convenait de le surcharger aussi, au moins à titre privé. Quelques milliers d'exemplaires seulement furent ainsi accommodés qui furent cédés aux seuls amateurs de fantaisies coûteuses.
L'administration postale de Vérone procéda alors de son côté à un deuxième tirage, à peine plus abondant, ce qui conserve à cette valeur le rang de grosse vedette de l'émission. Elle n'a toutefois jamais été mise en vente à aucun guichet et n'a jamais eu d'usage postal effectif.
Cette légère entorse à la régularité restait néanmoins insuffisante pour donner matière à une spéculation intéressante. On s'avisa donc de corser l'affaire avec des variétés créées de toutes pièces. Des gens avisés s'abouchèrent avec les typographes qui avaient imprimé les surcharges officielles et leur confièrent des feuilles de timbres vierges. Ce fut alors une débauche de surcharges renversées, de doubles et même de triples surcharges, de surchargés tenant à des non-surcharges, d'erreurs de surcharge, etc. Mais cette fois, les collectionneurs italiens n'ont pas répondu à un si louable empressement à leur plaire et ces fantaisies n'ont eu qu'un bien mince succès dans la péninsule.

L. BERGOGLIO”
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