L’émission de Bordeaux : l’une des rares surcharges de la Libération à faire l’unanimité
Newsletter de la maison Calves #99
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Actualités de la maison Calves
Notre jeu-concours est en ligne. Si vous ne l’avez pas encore fait, il est encore temps de tenter votre chance pour remporter le célèbre n°34, l’un des timbres les plus recherchés de France et coté 3 000 euros. La participation ne prend que quelques instants : il suffit de renseigner vos coordonnées postales et votre adresse e-mail avant le 13 juin. Bonne chance à tous les participants !
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Nouvelle-Calédonie - n°24 à 28 - oblitérés - TB - signés Calves - 105 euros
L’émission de Bordeaux : l’une des rares surcharges de la Libération à faire l’unanimité
L’émission de Bordeaux n’est pas la plus rare des émissions de la Libération. Les tirages furent en effet relativement importants, à l’exception de certains chiffres-taxe particulièrement recherchés (voir les détails en fin d’article). Son intérêt réside ailleurs : c’est sans doute l’une des émissions les mieux documentées de cette période troublée. Alors que de nombreuses émissions de la Libération demeurent entourées d’incertitudes, de légendes ou de controverses, l’émission de Bordeaux ne laisse guère de place au doute. Son histoire est parfaitement connue, sa légalité incontestable et les circonstances de sa création abondamment documentées. C’est cette histoire que retrace en détail l’article publié dans le n° 3 de la revue Philatélie de novembre 1967, que nous avons le plaisir de republier aujourd’hui.
“Le 27 août 1944, les 25 000 soldats et marins allemands de Bordeaux abandonnaient la ville à qui de nombreuses tractations secrètes entre la Wehrmacht et l'Armée secrète avaient épargné les destructions et les massacres. A l'exception de quelques escarmouches, qui auraient d’ailleurs pu être évitées, l’affaire se passa presque sans mal. Le lundi 28 à l'aube, Bordeaux était libre, grâce, dit-on, au vin de Bordeaux. Le commandant allemand de la région était importateur de bordeaux à Hambourg. Il avait des amis dans les vignobles et se laissa convaincre par eux de ne rien faire qui pût nuire à la ville.
Dès le lendemain, le commissaire de la République, Cusin, recevait plusieurs lettres de correspondants s'étonnant que, la région étant maintenant libérée, on continuât à y affranchir les lettres avec les timbres à l'effigie du maréchal Pétain. Cela pouvait en effet paraître anormal et, pour certains, choquant. Le Commissaire de la République le comprit bien et, le 29 août, il adressait au directeur régional des Postes la lettre suivante :
« En attendant l'impression de nouvelles vignettes par le Gouvernement de la République, j'ai l'honneur de vous inviter à faire apposer la surcharge R.F. sur les approvisionnements des timbres-poste et des timbres-taxe de la série courante, à l'exception des séries à tirage limité (commémoratifs, bienfaisance, etc.) qui devront être retirées de la vente.
Vous aurez soin de faire procéder d'abord à la surcharge des valeurs les plus usitées et de faire retirer des guichets les feuilles non surchargées, au fur et à mesure que l'approvisionnement en feuilles surchargées sera suffisant. »
Les bureaux-succursales de Bordeaux étaient priés aussitôt de porter tout leur stock de timbres de Pétain en feuille à l'imprimerie de la Région postale où les commissionnaires attendaient que les surcharges fussent imprimées. C'étaient le matériel et le personnel des Postes qui avaient été commis à cette besogne ; il en résulta, la machine étant d'un modèle ancien et le typographe étant seul, un long retard. Il était en effet difficile, dans ces conditions, d'alimenter en temps tous les guichets de la R.P., ceux des bureaux de quartiers et enfin tous les bureaux du département et des départements voisins, les Landes, les Basses-Pyrénées et le Lot-et-Garonne.
Les premières feuilles furent remises aux bureaux le vendredi 1er septembre au soir, après la fermeture des guichets, à 19 h 20, pour la vente du lendemain. Cependant, quelques exemplaires avaient aussitôt commencé à circuler ; les philatélistes s'étaient donné le mot et l'excitation commençait à gagner les milieux spécialisés.
Tous les bureaux de quartier de Bordeaux, à l'exception de Nansouty et Fondaudège, étaient munis, en nombre très limité (10 pour le 1,50 F et deux pour les autres valeurs) des planches surchargées de la série en cours des timbres typographiés à l'effigie du maréchal : 1 F, 1,50 F, 2 F, 2,40 F, 3 F, 4 F et 4,50 F. Outre ces valeurs, la Région vendait les 70 centimes et 80 centimes. La série complète comprenait dix timbres.
Le dimanche, un ordre téléphoné de Toulouse par un inspecteur des P.T.T., qui était venu de Paris par avion, mettait en mesure la direction régionale de Bordeaux d'arrêter immédiatement l'impression des surcharges, de détruire la composition, de suspendre la vente et de récupérer immédiatement tous les timbres surchargés invendus.
La colère des collectionneurs
On s'étonna, à l'époque, de la promptitude et de la netteté d'un tel ordre que rien ne semblait justifier. Les surcharges de Bordeaux n'étaient-elles pas légales ? On a su depuis qu'il s'agissait de mettre un terme aux opérations de surcharge qui se multipliaient à travers toute la France libérée dans la plus grande anarchie, d'autant plus qu'à Paris, on disposait d'ores et déjà de nouvelles séries de timbres qui allaient être envoyées dans toutes les régions postales dès que possible.
On imagine la déception, pour ne pas dire la colère, des très nombreux collectionneurs qui, depuis deux jours, se pressaient aux différents bureaux de Bordeaux pour acquérir les précieuses vignettes quand, le lundi matin, à l'ouverture, ils virent le receveur afficher l'avis suivant : « La vente des timbres surchargés R.F. est interdite. » La chasse aux « Pétain surchargés » commença à travers toute la ville. Quelques collectionneurs chanceux découvrirent un bureau où l'ordre était encore ignoré et où il restait quelques feuilles.
Le jeudi suivant, 6 septembre, le Commissaire de la République autorisait la vente des « 1,50 F » surchargés. Le lendemain, vendredi, les timbres du modèle Iris, en provenance de Paris par Toulouse, étaient mis en vente dans la ville. Dans l'après-midi, cependant, quelques planches du 1,50 F surchargé furent mises en vente. Il s'agissait de quelques reliquats retrouvés dans les fonds de tiroir. Ce fut une aubaine pour les bénéficiaires.
Les conditions dans lesquelles les surcharges furent imprimées, les moyens rudimentaires utilisés, tout explique la médiocre qualité du travail où les variétés abondent. Il existe trois types nettement différents de surcharges. L'agent chargé de la composition a employé d'abord des caractères Europe gras suivis de points ronds. Il ne put monter ainsi que deux rangées horizontales (20 surcharges). Il utilisa ensuite les caractères les plus lisibles dont il disposait, des Egyptiennes, suivies de points carrés, pour trois rangées de plus et composa le reste de la planche, cinq rangées, soit cinquante surcharges, en Europe maigre avec points ronds. Les points sont assortis comme grosseur au corps des caractères utilisés. Une seule composition a été montée et utilisée pour toutes les valeurs de telle manière que toutes les variétés se retrouvent sur chacune d'elles. (…)


Des surcharges légales
Dans la période troublée de la Libération, les surcharges de Bordeaux constituent, comme celles de Lyon, une des rares exceptions intéressantes de l'époque : elles ont l'intérêt d'avoir été légales, soutenues par un certain nombre de textes officiels qui leur confèrent une existence réelle, à la différence de ce qu'on vit trop souvent ailleurs où des comités locaux, des philatélistes animés d'un esprit spéculatif trouvèrent l'occasion, en profitant des événements, de mettre en circulation des surcharges qui ne méritent, à aucun titre, d'être cataloguées. (…)
On peut signaler pour terminer que les surcharges de Bordeaux figurent dans la liste de celles officiellement reconnues par les P.T.T. après enquête. Leur caractère officiel, mis en cause à diverses reprises dans les années suivant la Libération, ne peut plus aujourd'hui être considéré comme douteux. Aucune initiative privée ne se trouve mêlée, de près ou de loin, à cette affaire. Le cas est à peu près unique.”

Egalement dans notre vente flash :
Libération de Lyon - beau lot de variétés de surcharges - neufs** - SUP - signés Calves - 95 euros
Port-Saïd - taxe n°1 à 3 - neuf* - TB - signés Calves - 95 euros
Libération de Cholet - n° 6, 7 et 10 - oblitérés sur lettre - TB - signée Calves - 95 euros
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