Il n’existe pas de meilleur moyen de parfaire sa culture philatélique qu’en se plongeant dans la lecture de la presse et des publications anciennes, dans lesquelles se trouvent quantité d’informations précieuses et érudites.
C’est la raison pour laquelle nous republionschaque semaine une pépite issue de la littérature et que nous la partageons avec vous via notre newsletter.
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Notre newsletter a également vocation à vous tenir informés de nos actualités, telles que les dates de nos ventes flashs ou nos participations à des salons, mais aussi à vous donnerdes “trucs d’expert”. Lisez-la régulièrement pour ne rien manquer !
Notez la date ! Notre prochaine vente flash sera mise en ligne jeudi 5 février à 18 h. Les amateurs de courrier de la guerre de 1870 y découvriront un bel ensemble de ballons montés. Vous y trouverez également une belle sélection de timbres de France, tous signés ou accompagnés d’un certificat Calves.
En 2025, nos expertises étaient réservées aux professionnels membres de la CNEP, hors salons philatéliques où nous restions accessibles à tous. Or, notre présence sur les manifestations reste nécessairement limitée. Nos prochaines participations : Pau, les 25–26 avril (bourse du centenaire du Groupe Philatélique Béarnais) et Paris-Philex, du 11 au 13 juin (Porte de Versailles). Face à vos nombreuses demandes, nous faisons donc évoluer notre offre : à partir de 2026, l’expertise sera ouverte aux associations philatéliques, après une phase de test concluante. Plus d’informations dans notre prochaine newsletter !
La vérité sur la série non émise « Monument Leclerc à Témara »
Il y a quelques mois, nous vous avions sollicités à travers un sondage afin d’orienter au mieux les sujets de cette newsletter. Vos réponses nous sont précieuses et continuent de guider nos choix - n’hésitez pas à y participer de nouveau lorsque nous vous le proposerons. Cette semaine, nous répondons à une suggestion de M. Charleux, qui souhaitait que nous abordions régulièrement les timbres non émis de France et des colonies. Comme vous le savez, les timbres non émis sont des timbres préparés pour la mise en circulation, destinés à être distribués dans les bureaux de poste, mais dont l’émission a été annulée au dernier moment pour diverses raisons. Très recherchés, ils sont parfois difficiles à replacer dans leur contexte, en particulier pour les émissions les plus anciennes.
Pour les émissions plus récentes, en revanche, les sources sont souvent plus abondantes. C’est précisément le cas de la série de poste aérienne « Monument Leclerc à Témara ». Dans son numéro du 1er novembre 1953, le magazine Le Timbre évoque cette série que l’un de ses éditorialistes qualifie de « simple réunion d’images », tout en publiant les explications - pour le moins embarrassées - du directeur de l’Office des P.T.T. du Maroc quant à leur apparition sur le marché philatélique. L’éditorialiste serait sans doute surpris, voire contrarié, d’apprendre que, 70 ans plus tard, ces timbres figurent parmi les valeurs vedettes du Maroc. Quoi qu’il en soit, cet article nous apporte des informations passionnantes sur le contexte de cette émission (détail savoureux : à l’époque, l’émission des timbres relevait d’un arrêté viziriel) et sur les circonstances précises de leur « fuite ». Bonne lecture !
“Les philatélistes se sont vivement émus de la découverte qu'ils ont faite, dans les catalogues Yvert et Thiaude, de l'intercalation, sous numéros-types, de la fameuse série marocaine « Monument Leclerc à Témara ». (…)
Les timbres du Monument Leclerc à Témara (Yvert Poste aérienne n° 89 à 92), prévus pour être émis en 1950. Ce monument devait être érigé à Témara en hommage au maréchal Leclerc, mort dans un accident d’avion en 1947. Toutefois, à la suite de la décision du maréchal Juin, résident général au Maroc, de faire ériger la statue à Casablanca, cette série ne fut finalement jamais émise.
Le choix de Témara pour l’érection de la statue était pleinement cohérent : c’est à Témara qu’avait été créée en 1943 la 2ᵉ Division blindée, commandée par le général Leclerc et célèbre pour avoir libéré Paris. Ci-dessus, une affiche de 1944 retraçant le parcours de la 2ᵉ DB entre 1943 et 1944, de Témara (Maroc) jusqu’à l’Angleterre, d’où elle débarquera ensuite en France.
Nous avons, dans nos colonnes, maintes fois épilogué sur cette émission indésirable. Nous n'en sommes donc que plus à l’aise pour publier la mise point officielle que vient de faire le directeur de l'Office des P.T.T. du Maroc, M. Pernot, à la suite « de l'abondant courrier et des réclamations d'abonnés » que Rabat a reçus.
Comme vous le savez sans doute, la première série Leclerc, que nous appellerons « Leclerc-Témara », créée par Arrêté viziriel du 31 octobre 1949 et livrée le 2 mars 1950 par l'Imprimerie du Boulevard Brune à l'Agence comptable de l'Office chérifien, n'a jamais été mise en vente dans les bureaux de poste du Maroc.
En effet, peu après son impression, le Général Juin, alors Résident Général, et qui présidait le Comité des Monuments Leclerc au Maroc, décida de renoncer à Témara pour l'érection de la statue que venait de terminer le sculpteur F. Cogné. Après une assez longue période d'indécision touchant le choix de l’emplacement définitif, une seconde émission autorisée par Arrêté viziriel du 19 février 1951, fut commandée en hâte - ce qui explique en partie sa médiocrité - et fut mise en vente le 28 avril 1951, jour de l'inauguration de la statue du Général Leclerc à Casablanca.
Carte postale ancienne : la statue du Général Leclerc sur la place Mohammed V à Casablanca. Cette statue, initialement destinée à Témara, est inaugurée le 28 avril 1951 . Elle disparaît de l’espace public après l’indépendance du Maroc en 1956, comme de nombreux monuments du protectorat français.
Les quatre timbres effectivement émis représentant la statue du général Leclerc à son emplacement définitif à Casablanca (Yvert n° 299 à 301 et Poste aérienne n° 81), ici oblitérés premier jour sur enveloppe à en-tête du Comité des « Monuments Général Leclerc ». Ce document est particulièrement intéressant : le produit de la vente de ces timbres était en effet destiné à ce comité, chargé de l’érection de monuments en hommage au général Leclerc.
Il est a noter que dès le début de 1950, les journaux philatéliques, dans un souci d'information rapide, avaient annoncé prématurément la parution prochaine de la série « Leclerc-Témara » et en avaient même donné des reproductions.
Les 100.000 séries de cette première émission, qui étaient destinées à la vente, furent incinérées le 6 mai 1952, tandis que les 1.500 séries supplémentaires imprimées suivant la règle, pour la Réserve documentaire l'Office, et qui y avaient été prises en compte des réception, y demeurèrent. S'agissant d'une émission régulièrement autorisée, mais qui, pour des raisons étrangères au service postal, n'avait pu être mise en circulation, il convenait d'en garder trace dans les archives.
La date tardive du 6 mai 1952 pour l’incinération de la série « Leclerc-Témara » appelle une explication. Tout d’abord, les timbres détériorés ou retirés du service au Maroc sont en principe livrés en bloc à la destruction une seule fois par an, au cours du premier semestre. D’autre part, le Comité des Monuments Leclerc au Maroc qui, malgré la subvention du Protectorat et le versement par nos soins du produit de l’émission définitive, se trouvait encore en déficit, avait fait des démarches pour que la première émission soit également mise en vente son profit. Ce n’est qu’après plusieurs mois de pourparlers que la thèse de l’Office, évidemment opposée à cette opération, fut finalement admise et que ces timbres purent être incinérés. Outre le discrédit qui pesait déjà sur les émissions à surtaxe et le précédent que n’aurait pas manqué de créer la parution de deux émissions successives au bénéfice d’une même œuvre, il ne m’avait pas paru possible de livrer au public des timbres représentant un monument dans un lieu où il n’existait pas réellement.
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Pour en revenir à la Réserve documentaire, qui est conservée au Cabinet du Directeur de l'Office et qui est soumise à une comptabilité-matière très stricte, c'est elle qui fournit:
Les 370 exemplaires - chiffre actuel - envoyés au Bureau International de Berne pour être répartis entre les Administrations de l'U.P.U. ;
Les deux feuilles complètes qui sont régulièrement adressées au Musée postal de Paris ;
Les séries ou collections offertes par le Résident Général à de hautes personnalités de passage au Maroc ou par le Directeur de l'Office aux hautes autorités et à un certain nombre de personnalités du Protectorat et éventuellement à des visiteurs de marque ;
Les collections destinées aux membres des délégations étrangères aux Congrès postaux universels ou au Conférences de l'Union Internationale des Télécommunications. Comme vous ne l'ignorez pas, la tradition veut que ces collections, généralement composées des figurines émises depuis le congrès précédent, comprennent, lorsque la chose est possible, une ou plusieurs pièces rares ou hors commerce ; par exemple, les séries 1924 commémoratives du VIIIe Congrès postal Universel de Stockholm et du Cinquantenaire de l’U.P.U., contenues dans les classeurs offerts par la Suède lors des Xe et XIIe Congrès de l'U.P.U., ou plus récemment le « tirage à part » de la série du Jubilé cardinalice du Cardinal Van Roey, offert l'an dernier par l'Administration belge aux membres du Congrès de Bruxelles.
Le feuillet de Luxe de la série du Jubilé cardinalice du cardinal Van Roey évoqué ci-dessus (référence COB LX12).
C'est ainsi que 590 séries « Leclerc-Témara », non émises et expressément désignées comme telles, ont été sorties de la Réserve documentaire au début et pendant l'été de 1952, pour être insérées dans les albums-souvenirs qui furent répartis par chacune des délégations du Maroc au XIIIe Congrès postal universel de Bruxelles (mai à juillet 1952) et à la Conférence des Plénipotentiaires de l’U.I.T. de Buenos-Ayres (octobre à décembre 1952). Il est possible qu'un certain nombre de bénéficiaires de ces albums s'en soient dessaisis, ce qui expliquerait la présence de quelques séries « Leclerc-Témara » sur le marché du timbre.
Quoi qu'il en soit, l'Office chérifien des P.T.T. considère ces figurines comme des timbres non émis, n'ayant aucun pouvoir d'affranchissement, tout comme les timbres non-dentelés à faible tirage qui ne sont pas vendus au public. Il semble donc que leur place ne soit pas dans la nomenclature des timbres émis au Maroc comme valeurs postales régulières, à moins qu'ils soient différenciés de ces derniers par une inscription en petite italique, à l'instar des timbres non-dentelés et des épreuves de luxe hors commerce ou encore par la mention « série non émise ».
De cet exposé il ressort émise ;
Que n'ayant pas été émise et n'avant pas pouvoir d'affranchissement, la série Témara n'est pas une série de « timbres-poste », mais une simple réunion d'images ;
Que la destination prise par 1.010 séries sur 1.500 est révélée - 370 à l’U.P.U., 50 au Musée postal, 590 aux congressistes de Bruxelles et de Buenos-Aires.
Que l'on continue d'ignorer combien de séries sur les 490 restantes sont demeurées dans la « réserve documentaire» et combien ont été remises à des personnalités ou à des visiteurs de marque.”
Dans le courrier faisant l’objet de cet article, le directeur de l’Office des P.T.T. du Maroc, M. Pernot, laisse entendre que les timbres non émis « Leclerc-Témara » présents sur le marché proviendraient essentiellement des albums remis aux délégations étrangères lors de congrès postaux ou de conférences de l’Union internationale des télécommunications. Cette explication paraît peu convaincante : les albums ne contenaient que des exemplaires isolés, alors que l’on rencontre sur le marché des blocs de quatre. Il est en réalité très probable que certains timbres aient été détournés lors des opérations de destruction.
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Merci pour ces éclaircissements