Rares et méconnus : les para-oblitérés
Newsletter de la maison Calves #85
Il n’existe pas de meilleur moyen de parfaire sa culture philatélique qu’en se plongeant dans la lecture de la presse et des publications anciennes, dans lesquelles se trouvent quantité d’informations précieuses et érudites.
C’est la raison pour laquelle nous republions chaque semaine une pépite issue de la littérature et que nous la partageons avec vous via notre newsletter.
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Nouveau dans notre sélection de l’expert :
Rares et méconnus : les para-oblitérés
On le sait, l’un des grands plaisirs de la philatélie consiste à examiner des timbres oblitérés pour y dénicher des cachets peu communs - et, parfois, réaliser ainsi de belles trouvailles. Or, ce terrain de chasse peut être élargi en s’intéressant aux para-oblitérations : ces marques dont la fonction n’est pas de constater un usage postal, mais au contraire d’empêcher toute utilisation postale du timbre. C’est à ce domaine très spécialisé - mais passionnant - que Louis Barrier a consacré une étude dans le n°116 du Bulletin philatélique du Midi que nous republions aujourd’hui. Bonne lecture !
“Le mot para-oblitéré fut créé, timidement, comme il l’a déclaré lui-même, par M. Stéphane Strowski, dans l’Echo de la Timbrologie du 31 mars 1927. Cette expression quoique discutée a été consacrée par l’usage, ce qui prouve que l'on n'a pas trouvé mieux pour désigner les timbres revêtus d'une surcharge ou d'une oblitération spéciale dont le but est de les détourner de leur mission d'affranchir les correspondances (…)
Timbres des carnets de publicité avec para-oblitération de l’Agence comptable
En 1922, la publicité sur les carnets de timbres-poste fut accordée à un concessionnaire, M. Carlos Courmont, qui imprimait lui-même les couvertures publicitaires. Celui-ci, après entente avec l'Administration des Postes, édita un certain nombre de carnets spéciaux qu'il adressa à titre d'échantillon à des groupements industriels ou commerciaux importants. (…)
L'intérieur de ces carnets était garni, par l'Administration, de timbres-poste que l'Agence comptable avait eu soin d'annuler au moyen du cachet ci-dessous. (…)

Il existe d'autres modèles de cachets, apposés en noir, libellés avec des inscriptions différentes : Timbres-poste Agence, Carnets de timbres-poste, Publicité, etc. (…)

Timbres utilisés sur les bulletins d’épargne
L’Administration des Postes utilisa jadis des marques spéciales pour annuler des timbres préalablement détournés de leur usage normal et les empêcher par la suite de servir pour l'affranchissement.
La première de ces estampilles signalée à l’attention des collectionneurs était apposée sur un bloc du 10 c. rouge Semeuse camée au moyen d'une roulette qui répétait sans fin sur deux lignes parallèles disposées tête-bêche, le mot SEINE en lettres capitales de 5 min.

L'origine et l'explication de cette oblitération spéciale ne fut donnée qu’en 1930 par M. Boulon (…). Nous reproduisons textuellement ses explications :
« Elle provient de la Caisse d’Epargne postale particulièrement scolaire. Pour favoriser l’épargne parmi les jeunes écoliers, les instituteurs et les institutrices ont été autorisés à recevoir des versements très minimes qui peuvent descendre à 0 fr. 10 et aller jusqu'au maximum de 2 fr. Ces versements sont représentés par des timbres-poste que les instituteurs collent sur des feuilles spéciales fournies par la Caisse d'Epargne. A l'époque ces feuilles ne pouvaient pas dépasser 3 fr. de timbres-poste. Une fois remplie, la feuille était portée au bureau postal du département qui inscrivait sur le livret du jeune déposant la somme indiquée par les timbres : il ne restait plus qu’à annuler les timbres, ce que le bureau faisait avec le cachet portant le nom du département. »
Des recherches personnelles nous permettent aujourd’hui d'apporter à ces renseignements des précisions complémentaires. Ce système de versements en timbres-poste par bulletins d'épargne fut créé en 1882 par une loi du 10 juin de la même année qui permettait d'autoriser par décret la Caisse nationale d'épargne à recevoir des versements inférieurs à 1 fr. En vertu de cette loi un décret du 30 novembre suivant autorisait de faire ces versements en timbres-poste sur bulletins d'épargne, à partir du 1er octobre. D'où ces bulletins scolaires que les instituteurs garnissaient pour les jeunes écoliers. Ces bulletins étaient déposés dans n'importe quel bureau de poste, à charge du receveur de les transmettre à la succursale départementale de la C.N.E.

Il faut croire que certains receveurs avaient cru devoir les oblitérer car, un ordre de service ultérieur précise « qu'il est interdit aux receveurs d'oblitérer les figurines. Cela incombe au Caissier de la succursale de la Caisse d'épargne » Ce dernier, après inscription au livret, annulait les timbres au moyen du cachet de sa succursale. Cachet de 40 mm. de diamètre portant en exergue en haut : CAISSE N. D'ÉPARGNE, en bas : le nom du département, au centre : la date sur une seule ligne et au-dessous de celle-ci le mot SECTION. L'empreinte était appliquée à l'encre violette.
Ce système fut abrogé par décret du 26 septembre 1937, signé du Président Albert Lebrun (…). On peut trouver des timbres ainsi annulés jusqu'en 1938. Comme on l'a vu, le département de la Seine annulait ces timbres sans date au moyen du rouleau décrit plus haut (…).
Il est probable que le nombre de timbres de types différents ainsi para-oblitérés pendant cinquante-six ans est considérable. (…) S’ils sont rares et ignorés, s’il est fort difficile d’en établir la liste, c’est que les bulletins d’épargne devant être régulièrement détruits, les timbres ne devaient jamais tomber dans le domaine public. Estimons-nous heureux si quelques-uns ont forcé la consigne pour venir enrichir notre documentation. Ces pièces qui, malgré leur caractère extra-postal, ne manquent pas d’intérêt philatélique, ne sauraient être bannies d’une collection vraiment spécialisée.
Timbres rebutés annulés préventivement par l’atelier de fabrication des timbres-poste
En 1927, M. Stéphane Strowski publia dans l’Echo de la Timbrologie une série d’articles consacrée à l’étude des annulations que l’Atelier du Boulevard Brune apposait sur des feuilles de timbres rebutées et destinées à l’incinération. Mesure préventive afin que ces feuilles ne soient pas versées par mégarde dans le service et peut-être aussi pour empêcher qu’en cas de fuites possibles avant l’autodafé, des vignettes évadées ne puissent servir à l’affranchissement.
Indépendamment des déchets de mise en train, étaient frappées de ces empreintes les feuilles accidentellement mal imprimées, inexactement teintées, non gommées ou non dentelées, de papier non conforme, etc. ; en somme, pour employer un terme administratif, toutes les feuilles fautées. De même les essais de couleur soumis à l’examen de la Commission compétente. Des feuilles imprimées pour distributeurs automatiques et non utilisées ont également reçu l'annulation.
On connaît de ces annulations des modèles différents :
Hexagones concentriques. Cette para-oblitération avait été déjà signalée sommairement par Arthur Maury dans sa célèbre Histoire des timbres-poste français, édition de 1907. Nous savons par lui que « Cette surcharge était apposée, tantôt à la main au moyen d'un rouleau, tantôt typographiquement avec de grands clichés de la dimension d'une feuille de timbres ». Ces détails d'impression expliquent pourquoi ces hexagones se rencontrent avec de sensibles différences d'épaisseur du trait, variant de 1/2 à 2 mm. (…)


Surcharges ANNULÉ diverses. Il existe d'autres modèles de surcharges annulatives que l'on rencontre plus rarement que les hexagones et qui semblent être les premiers essais d'empreintes confectionnées pour mettre le plus rapidement possible hors service les feuilles rebutées. La grandeur des lettres employées pour en composer l'inscription (ANNULE) en fait foi. Ce mot dont les lettres mesuraient de 9 mm. à 40 mm. était imprimé soit au cachet- tampon soit au rouleau. (…)

Para-oblitérés dits du « Dragon d’Annam »
Nous avons réservé pour terminer cette rubrique une curieuse para-oblitération signalée par M. Gustave Bertrand dans le tome 1 du Mémorial Philatélique. Le cachet ANNULE a ceci de particulier : c'est qu'il est apposé sur le timbre, non pour lui ôter sa valeur d'affranchissement, mais pour lui restituer (par remplacement) cette valeur qu'une oblitération irrégulière lui avait enlevée.
Ces singuliers para-oblitérés sont la conséquence d'un événement accidentel narré par M. Gustave Bertrand ; récit que nous reproduisons pour ceux de nos lecteurs qui ne possèdent pas le n° 90 du Bulletin Philatélique du Midi de mars 1949
« En février 1929, l'aviateur Costes devait, avec l'avion « Le Dragon d'Annam », effectuer une liaison aérienne avec l’Indochine. Il avait été prévu que les plis transportés seraient oblitérés avec un cachet spécial portant les mots : Poste aérienne France-Indochine. Ils devaient être centralisés sans avoir été oblitérés. Mais quelques bureaux, oubliant cette prescription, apposèrent les cachets à date ordinaires sur les timbres. Au moment de l'apposition du cachet prévu, on s'aperçut de cette erreur. Les expéditeurs avaient droit au cachet particulier qui pouvait donner une plus-value à leurs envois. L'Administration donna alors l'ordre d'employer un moyen de fortune pour régulariser les expéditions. On supprima l'affranchissement primitif en apposant, à la main, le cachet ANNULÉ sur les timbres déjà oblitérés, et l'on affranchit à nouveau les plis avec d’autres figurines qui reçurent le cachet officiel.
Mais... un accident survint le jour même du départ et le voyage ne put avoir lieu (19 février). Un nouveau cachet « RAID INTERROMPU PAR ACCIDENT Retour à l'envoyeur fut apposé sur les correspondances et les expéditeurs furent prévenus qu'ils pouvaient se faire rembourser le montant de l'affranchissement. Aucun n'usa de cette faculté.

Ces timbres ne peuvent être considérés comme simplement oblitérés. Ils n'existent pas neufs, et ils n'ont toute leur valeur que sur enveloppe munie de tous les cachets officiels. Il n'est guère possible d'en donner une liste complète, chacun ayant choisi pour affranchir ses plis, parmi les timbres en cours. Il ne fut ainsi régularisé que 542 lettres. » (Mémorial philatélique, tome I, p. 28.)

(…) Si ces enveloppes n'ont pas eu l'agrément d'une large publicité qu'elles méritaient bien, c'est que, conservées comme souvenirs par leurs possesseurs, enfermées jalousement dans les collections, elles n'ont guère été commercialisées. Leur caractère à la fois historique et philatélique en font des pièces de tout premier ordre. Heureux ceux de nos lecteurs qui pourront s'en procurer une !”
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