1862 : l'année où la France a dû réimprimer ses propres timbres
Newsletter de la maison Calves #89
Mais pourquoi l’administration postale a-t-elle procédé à des réimpressions de ses propres timbres en 1862 ? Et surtout, pourquoi seulement certaines valeurs seulement ont été concernées ? C’est à ces questions que nous répondons dans notre newsletter de cette semaine - une occasion idéale, puisque nous avons réuni une sélection de ces timbres en qualité neuve** que nous vous proposons, parmi d’autres nouveautés, dans notre Sélection de l’expert. Nous vous donnons également quelques clés pour reconnaître ces émissions, bien plus rares qu’on ne l’imagine : pas plus de 4 350 exemplaires par valeur, à l’exception du 80 c. Empire, tiré pour sa part à seulement 1 050 exemplaires. Bonne lecture !
Actualités de la maison Calves
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1862 : l’année où la France a dû réimprimer ses propres timbres
Au début des années 1860, l’administration française des Postes est réputée pour la rigueur de ses archives. Tout est classé, consigné, conservé - du moins le croit-on. Car un détail a échappé à tout le monde : personne n’a jugé utile de garder des feuilles entières des premiers timbres émis en France. Cette lacune serait passée inaperçue, sans une demande inattendue.
Une requête embarrassante… de Rowland Hill en personne
Le 5 février 1862, Rowland Hill, inventeur du timbre-poste et secrétaire général des Postes britanniques, écrit à l’administration française. Sa demande est simple : recevoir une feuille de chaque timbre émis en France depuis 1849 - pour sa collection personnelle. Simple… en apparence. Car, dans les faits, ces feuilles n’existent plus.

Face à cette situation délicate, l’administration réagit rapidement. Dès le 12 février, une décision est prise : celle de faire procéder à un nouveau tirage de 20 feuilles pour chaque valeur, non seulement pour Rowland Hill, mais aussi, puisque l’occasion se présente, pour le Musée monétaire, les archives et d’autres administrations postales.
La commande est confiée à Anatole Hulot, en charge de l’impression des timbres français. Comme souvent avec lui, l’exécution prend un peu de temps. Mais à la fin de l’été 1862, les nouvelles feuilles sont prêtes.

Des réimpressions officielles sans vocation commerciale
Entre le 1er et le 20 septembre, il est ainsi procédé à l’impression de vingt feuilles de 300 timbres pour chacune des valeurs manquantes. Sont concernés : les 10 c., 15 c., 20 c. noir, 20 c. bleu (non émis), 25 c., 40 c. et 1 franc de la première série à l’effigie de Cérès, ainsi que les 10 c. et 25 c. « Présidence », et le 25 c. Empire.

Deux exceptions méritent d’être signalées.
Le 80 c. Empire carmin ne fait l’objet que d’un tirage de six feuilles, et non vingt : un stock résiduel de timbres d’origine ayant été retrouvé dans un atelier, il n’était pas nécessaire d’aller plus loin.
Le cas du 1 franc Empire carmin est différent : aucune réimpression n’est réalisée en 1862, trois feuilles d’origine ayant également été retrouvées et jugées suffisantes dans un premier temps. Ce n’est que le 23 février 1863 qu’un nouveau tirage de 20 feuilles est finalement effectué.
Enfin, pour six des dix-huit timbres émis en France entre 1849 et 1862, les stocks disponibles étaient encore suffisants : aucune réimpression n’a donc été effectuée.
Des tirages strictement contrôlés et en partie détruits
Ces timbres n’étant pas destinés à la vente, leur répartition est strictement encadrée. Pour chaque valeur, elle s’établit comme suit :
1 feuille pour Rowland Hill - à l’exception notable du 1 franc carmin Empire, qui ne lui fut jamais envoyée ;
1 feuille pour les services de contrôle ;
2 feuilles conservées par la Commission ;
10 feuilles attribuées aux administrations postales ;
½ feuille (soit 150 timbres) destinée au Musée postal.
Le surplus - pourtant bel et bien imprimé - est systématiquement détruit. Au total, le nombre de timbres effectivement conservés s’élève donc à seulement 4 350 exemplaires par valeur.


Une exception notable toutefois : le 80 c. Empire carmin, tiré à seulement six feuilles. Dans son cas, deux feuilles et demie sont détruites, ne laissant subsister que 1 050 exemplaires. De manière générale, les réimpressions de 1862 sont donc sans conteste des timbres rares.
Reste une question essentielle : comment ces timbres, en principe réservés aux administrations, ont-ils rejoint le marché ? Au fil du temps, une partie d’entre eux en est sortie par des voies plus ou moins officieuses. D’autres, en revanche, sont toujours conservés dans les collections publiques, notamment celle du Musée de La Poste.
Plus beaux que les originaux… et pourtant plus accessibles
Les réimpressions présentent une particularité remarquable : elles sont souvent plus séduisantes que les originaux. Impression nette, couleurs fraîches, marges équilibrées - autant de qualités rarement réunies sur des timbres qui, à l’époque, étaient manipulés sans ménagement. La brièveté même du tirage - moins d’une heure par valeur - explique l’homogénéité des teintes, à l’opposé de ce que l’on observe sur les originaux.
Pourquoi certaines réimpressions sont-elles plus cotées que d’autres ? Pour le 80 c. Empire, la réponse est évidente : le tirage est nettement plus faible (seulement 1 050 exemplaires, comme nous l’avons vu). Pour les autres valeurs, la hiérarchie des prix s’explique surtout par le marché des originaux. Ainsi, les réimpressions du 15 c. vert, 1 franc carmin Cérès, 10 c. Présidence et 1 franc Empire sont particulièrement recherchées, tout simplement parce que les originaux à l’état neuf sont hors de portée pour la plupart des collectionneurs. Beaucoup se tournent donc vers les réimpressions pour combler les cases vides de leurs albums.

A noter, enfin, que les feuilles du 1 franc Empire carmin contiennent un tête-bêche - très rare - tandis que les célèbres variétés dites des « chiffres 4 retouchés » peuvent également se rencontrer sur les réimpressions du 40 c. Cérès.
Comment distinguer une réimpression d’un original ?
De manière générale, des différences existent - mais elles exigent un œil exercé. Les réimpressions se caractérisent généralement par une impression plus nette, une couleur plus claire, ainsi qu’une gomme plus blanche que celle des originaux. La découpe est également généralement plus soignée : elle a été réalisée avec soin par des négociants ou des collectionneurs avertis, et non à la hâte par des postiers.
Au-delà de ces critères généraux, certaines valeurs sont plus faciles à identifier. La réimpression du 1 franc Empire, notamment. Elle est sensiblement plus étroite que l’originale, d’environ un demi-millimètre, en raison du rétrécissement du papier au séchage.


Le 80 c. Empire présente quant à lui une nuance caractéristique, tirant vers le carmin-rose, et réagit en violet sous la lampe de Wood. Enfin, les cachets de contrôle que l’on peut en rencontrer en marge constituent un indice déterminant : ceux des réimpressions portent la mention « Contrôle TP », en lieu et place du « CF » sur les tirages d’origine.

A lire : Les réimpressions des classiques de France, Georges Bartoli, Timborsocopie n°126, juillet-août 1995.
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