Contre les faux, une décision importante
Newsletter de la maison Calves #82
Newsletter un peu particulière cette semaine. Nous allons d’abord parler d’expertise, avant de vous annoncer une nouvelle importante, puis d’enchaîner, comme à notre habitude, avec la republication d’un article de la presse philatélique ancienne.
Commençons par un court exercice. Regardez attentivement le lot ci-dessous qui était proposé aux enchères… pas plus tard que la semaine dernière. Fallait-il enchérir ? Si vous nous lisez régulièrement, vous devriez connaître la réponse.

La réponse : non, bien-sûr, il ne fallait pas se positionner sur ce lot, que nous avons d’ailleurs fait retirer de la vente, et cela pour une raison simple : l’ensemble des certificats qui l’accompagnaient sont des faux, comme le sont tous les certificats similaires à celui ci-dessous. Ces certificats ne sont pas une découverte récente. Nous vous avions déjà alerté à plusieurs reprises sur leur existence, notamment en juin dernier dans cette newsletter : Signatures douteuses, faux experts : guide de survie du collectionneur.

Il ne s’agit malheureusement pas du seul cas impliquant le nom Calves porté à notre connaissance cette semaine. Dans une publication Facebook, notre confrère de la CNEP Benoît Chandanson (qu’il soit ici remercié) a signalé une fausse signature Calves récemment passée entre ses mains.
Le cas est particulièrement intéressant - et inquiétant. Il s’agit cette fois d’une signature réalisée à l’aide d’une imprimante couleur. À la loupe, on distingue nettement les points colorés juxtaposés caractéristiques de ce type d’impression. En effet, les imprimantes couleur fonctionnent généralement selon le modèle CMJN : Cyan, Magenta, Jaune, Noir. Pour obtenir une couleur - y compris un noir « visuellement » uniforme - l’imprimante superpose ou juxtapose des micro-points de ces quatre encres, selon un motif très fin appelé tramage. À l’œil nu, le cerveau fusionne ces points : la couleur paraît homogène. Mais à la loupe, on distingue clairement des points cyan, magenta, jaune, disposés en motif régulier ou semi-régulier.

Autrement dit : là où il fallait autrefois faire fabriquer un tampon pour falsifier une signature, n’importe qui ou presque peut aujourd’hui produire une imitation convaincante, qui passe très bien à distance - d’autant plus que les codes habituels sont respectés (signature placée plus haut sur un timbre présentant un défaut, comme dans le cas présent).
C’est en raison de ces dérives - fausses signatures, certificats falsifiés, timbres faux ou réparés vendus comme authentiques - que nous avons pris une décision importante : nous sommes heureux de vous annoncer qu’à compter de cette semaine, les services d’expertise de la maison Calves sont de nouveau ouverts aux particuliers… mais uniquement par l’intermédiaire des associations philatéliques.
Face aux faux, nous rouvrons l’expertise aux particuliers
Depuis des mois, vous avez été nombreux à nous dire combien vous regrettiez de ne plus pouvoir nous confier directement vos timbres à expertiser. Beaucoup d’entre vous s’interrogeaient : comment se protéger des faux qui prolifèrent partout, sur les sites d’enchères en ligne bien sûr, mais aussi parfois, comme vous avez pu le constater ci-dessus, dans les ventes sur offres et les ventes aux enchères ? La phrase que nous entendions le plus souvent était :
« Il n’y aura bientôt plus d’experts en France, et les faussaires pourront faire ce qu’ils veulent. »
Ces témoignages nous ont conduits à faire évoluer notre position. Si nous avions, depuis un an, réservé nos expertises aux professionnels, c’était pour une raison simple : le volume d’envois - souvent hors de notre champ d’expertise ou composés de faux grossiers - ne nous permettait plus de travailler dans des conditions sereines et rigoureuses.
Face à ce problème, une solution s’est imposée naturellement : nous appuyer sur le cœur vivant de la philatélie, là où se croisent compétence, exigence et esprit de transmission, à savoir les associations philatéliques.
Comment cela fonctionne-t-il concrètement ?
Désormais, les associations philatéliques partenaires de la maison Calves jouent un rôle d’intermédiaire : elles vérifient que les timbres proposés relèvent bien de notre champ d’expertise ; qu’ils présentent un intérêt suffisant, et qu’il ne s’agit pas de faux manifestes. Et elles assurent ensuite le lien entre nous et les collectionneurs (résultats, frais, restitution des timbres).
Résultat : un gain de temps considérable pour nous, et surtout, un service d’expertise à nouveau accessible aux particuliers - dans de bonnes conditions. Le dispositif est déjà opérationnel et a fait ses preuves auprès de plusieurs associations. Nous publierons prochainement sur notre site internet et dans cette newsletter la liste des associations partenaires.
Et maintenant ?
Vous êtes collectionneur particulier ? Renseignez-vous auprès de votre association - ou de celle que vous souhaitez rejoindre - pour savoir si elle est partenaire. Si ce n’est pas le cas, parlez-en lui : sans l’intermédiaire associatif, l’expertise ne pourra pas avoir lieu.
Pour information, vous trouverez ici la liste de la plupart des associations philatéliques affiliées à la Fédération Française des Associations Philatéliques : https://ffap.net/les-associations/
Vous êtes président d’association philatélique ? Vous pouvez offrir à vos membres un accès à l’expertise qu’ils n’auront pas sans vous. Écrivez-nous dès maintenant pour mettre ce service en place : contact@timbres-experts.com
N’oubliez pas : vente flash à prix exceptionnels ce jeudi à 18h00
Jeudi prochain, nous mettrons en ligne une nouvelle vente flash. Vous y trouverez un bel ensemble de ballons montés, complété par une sélection de timbres de France, tous garantis par signature ou certificat Calves. Rendez-vous jeudi à 18 h00 - les premiers lots partent vite !
Douai 1944 : timbres surchargés et courrier clandestin
Comme vous le savez, il est souvent très difficile de déterminer dans quelles conditions exactes ont été réalisées les émissions dites de la Libération dans chaque ville concernée. Elles ont fréquemment vu le jour dans l’improvisation la plus totale, parfois même alors que les combats n’étaient pas encore achevés. C’est pourquoi les témoignages de première main sont particulièrement précieux. Celui que nous reproduisons ici, publié dans le Bulletin officiel de la Fédération des sociétés philatéliques françaises de mars 1950, consacré à la Libération de Douai, en est une parfaite illustration. Une mise en garde s’impose toutefois : les initiateurs de ces émissions - souvent des présidents d’associations philatéliques locales, comme ici M. Alteriet - ont tendance, avec le recul, à présenter leur action comme totalement désintéressée, relevant d’un geste purement patriotique et dénué de toute intention spéculative. La réalité est parfois plus nuancée. Cela n’enlève rien à l’intérêt de ce témoignage, riche en détails concrets et éclairants sur le contexte de l’époque. Bonne lecture !
“Le vendredi 1er septembre 1944, vers 19 h., les blindés canadiens entraient dans Douai où seuls se trouvaient encore quelques Allemands isolés. En prévision de cet événement, le Comité de la société philatélique locale avait fait préparer une griffe à main portant une croix de lorraine avec, en bas, les initiales R F.
Dès 20 heures, les premiers timbres à 1 fr. 20 surchargés sous la direction d'un membre du Comité de Libération, postier, affranchissaient les cartes images locales (et notamment celles, très classiques, du Beffoi) déposées à la poste. Le lendemain samedi, celle-ci ne fut pas ouverte au public, pas plus que le dimanche 3. Pendant ce temps une délégation parcourait la ville et tout le stock des timbres Pétain entreposé dans les bureaux de tabac reçut l'empreinte commémorative.

Le lundi 4 au matin, le Président du « Cercle Philatélique du Douaisis », votre serviteur, remit solennellement la griffe au Receveur des P.T.T. qui en informa aussitôt la Direction Régionale de Lille et sollicita des instructions. Au cours de la journée du 6, coup de théâtre : le courrier entre particuliers était interdit jusqu'à nouvel avis, seul était admis le courrier officiel.
La poste fut pourtant ouverte au public et les timbres furent débités aux différents guichets. Le Receveur ayant dû s'aliter, la griffe vint au guichet n°9 (vente des timbres) et avec la complicité des employés, approuvés d'ailleurs par leur camarade membre du Comité de Libération et officier supérieur FFI, macula de son empreinte les timbres dont les usagers réclamaient la surcharge (et ils furent nombreux car beaucoup y voyaient un souvenir précieux !).
J'insiste sur le fait que cette surcharge ne fut pas automatique mais en quelque sorte « bénévole ». Dans l’esprit de ses promoteurs qui s’étaient interdit toute spéculation (hélas pourquoi leur exemple n'a-t-il pas été suivi ailleurs !), il ne s'agissait que d'une émission souvenir et non d'une « affaire ». Je dois à la vérité de dite qu'ils ont tenu parole et que, à ma connaissance, tous ont cédé leurs doubles à la valeur faciale, respectant scrupuleusement leur engagement et refusant catégoriquement de céder ceux-ci à un négociant spécialisé.
Les valeurs qui se trouvaient au guichet et reçurent la surcharge furent : 60 c., 70 c. orange, 80 c. vert, 1 fr., , 1 fr. 20, 1 fr. 50 brun, 2 fr., 3 fr., 4 fr. typo, 4 fr. 50 typo et 4 fr. gravé. Elles constituent la série complète de la Libération de Douai. Nous avons vu quelques 2 fr. 40, 4 fr. 50 gravés et 5 fr. surchargés. Il s’agit très probablement de timbres apportés au guichet par des philatélistes.

Les gravés surchargés en rouge ne sont que des essais dont il m'existe qu'un nombre infime de pièces. Ils n'ont pas affranchi de courrier. La surcharge normale est noire. Trois ou quatre encres dont surtout celle à tampon furent utilisées. Mentionnons ici que, fin septembre, la Direction des P.T.T. de Lille refusa d'autoriser la surcharge et fit remettre la griffe à ses promoteurs. Celle-ci fut détruite peu après.

Mais pourquoi vendre des timbres au guichet si le courrier ne pouvait circuler ? Ce serait mal connaître les Français dont on mesurera l'impatience et l'inquiétude dans lesquelles ils étaient d'avoir des nouvelles de leurs familles dispersées que d'admettre un instant qu'ils n'aient pas réussi à tourner l’interdiction. Le « gel » du courrier était particulier à la région du Nord (et dura d'ailleurs pendant presque tout le mois de septembre). A Paris, la poste fonctionnait normalement et acheminait le courrier. Dès les premiers jours, la S.N.C.F. rétablit des liaisons avec Paris et les cheminots circulèrent entre Douai et Paris. Très vite, ils emmenèrent avec eux le courrier confié par des amis, puis par n'importe quel particulier. Ce courrier était alors posté en gare de Paris-Nord et acheminé par ce bureau.
Le trafic devint rapidement intense et d'inévitables abus se produisirent. Des facteurs occasionnels ayant exigé de confortables pourboires, les autorités ferroviaires locales s'émurent et pour faire disparaître toute tentation acceptèrent le courrier moyennant la modique taxe de 1 franc, perçue au profit d'une œuvre de secours et constatée par l'apposition d'un timbre supplémentaire sur la correspondance régulièrement affranchie.
Cette vignette non dentelée frappée en rouge, au moyen l'une empreinte à main sur un papier gris bleuté filigrane, représente le beffroi local. Elle était oblitérée en noir au moyen d'une griffe en caoutchouc portant sur 3 lignes : Douai, la date et Nord. Les feuilles étaient de 30 timbres (5 x6).

Cette « petite poste » fonctionna du 18 septembre jusqu'à la reprise du service normal par les P.T.T. qui eut lieu, si mes souvenirs sont bien exacts, fin septembre ou début octobre. Plus de 3.000 lettres furent acheminées de la sorte et pourtant bien peu de philatélistes peuvent se flatter d'avoir pu récupérer des enveloppes entières. C'est qu'adressées à des familles dispersées que les bombardements et les combats de la Libération avaient souvent contraintes à changer de refuges, beaucoup tombèrent au rebut. Celles qui parvinrent à destination se trouvèrent entre des mains non philatélistes ou qui avaient, à l'époque, d'autres soucis, que ceux de récupérer des timbres. Personnellement, je n'ai pu en récupérer que deux adressées à mes parents... parce qu'elles me furent retournées ultérieurement ; elles étaient adressées dans l'Oise et les destinataires étaient dans le Morbihan ! Je les garde précieusement comme des souvenirs personnels de mes inquiétudes d'alors, mais aussi comme un modeste témoignage d'une des pages les plus poignantes de notre histoire.
R. Alteriet, Président d'honneur du Cercle Philatélique du Douaisis”

Faites estimer votre collection par les experts de référence en France
Peut-être avez-vous passé des années à constituer une collection soignée, pièce après pièce. Ou peut-être avez-vous d’hérité d’un ensemble monté en albums, bien conservé. Aujourd’hui, vous envisagez de vendre. Mais à quel prix ?
Pour le savoir, nous vous proposons une analyse gratuite, sans engagement, et fondée sur la réalité du marché.
📩 Écrivez-nous via notre formulaire 👉 https://www.timbres-experts.com/pages/formulaire
📷 Joignez si possible quelques photos des pages des pages les plus significatives de vos albums (commencez par les timbres anciens et ceux accompagnés de certificats).






