Nous sommes particulièrement heureux de vous retrouver après cette longue pause estivale. Et puisque plusieurs d’entre vous ont pris la peine de nous écrire - ou même de nous téléphoner - pour savoir quand ils recevraient enfin une nouvelle newsletter, commençons par les rassurer : dès la semaine prochaine, vous nous retrouverez de nouveau chaque mardi.
Cette rentrée est aussi l’occasion d’actualiser notre Sélection de l’expert, qui réunit des timbres rares, parmi lesquelles plusieurs tête-bêche ou le célèbre n°55 c (10 c. au lieu de 15c.), dont nous avions raconté l’histoire dans une précédente newsletter. Notre prochaine vente flash a également désormais une date : elle sera mise en ligne le 15 octobre.
Et puisque nous avons été silencieux quelques semaines, nous nous rattrapons avec deux articles.
Le premier est malheureusement d’actualité. De nouveaux faux chinois viennent de faire leur apparition et certains présentent une particularité plutôt inquiétante : leur impression est meilleure que celle des timbres authentiques. À tel point que cette qualité supérieure constitue elle-même un indice permettant de les reconnaître.
Cette étonnante histoire nous en a rappelé une autre, vieille de plus de trente ans. En 1992, La Poste avait là aussi réussi à produire un retirage de moins bonne qualité que le tirage « amateur » qu’elle cherchait à remplacer : celui du célèbre carnet Colbert de Marseille. Nous avons donc saisi l’occasion de vous raconter cette histoire depuis le début.
Bonne lecture, et surtout merci d’avoir attendu notre retour avec autant d’impatience.
Nouveau dans notre sélection de l’expert :
Nouveaux faux français en circulation : comment les reconnaître ?
De nouveaux faux de timbres français viennent de nous être signalés. Deux émissions sont cette fois concernées : le feuillet du 75e anniversaire du Petit Prince de 2021 et celui de Paris-Philex 2024. Leur qualité est suffisamment bonne pour tromper bien des acheteurs. Plus étonnant encore : sur le Petit Prince, l’un des meilleurs moyens de reconnaître le faux est la qualité de son impression… supérieure à celle de l’original.
Ce n’est malheureusement pas la première fois que nous vous alertons sur la présence de faux modernes destinés à tromper La Poste. En février 2024, nous avions notamment consacré un article à l’arrivée sur le marché de faux concernant les carnets « Tourisme », « Marianne l’Engagée » ou « Métiers d’Art », ainsi que le feuillet « Dewoitine ». Nos lecteurs nous avaient ensuite signalé plusieurs autres émissions touchées, parmi lesquelles « Entre ciel et terre », « Métiers d’excellence » et le feuillet consacré au tombeau de Toutankhamon.
Ces faux sont importés en quantité par des revendeurs peu scrupuleux puis revendus sur des sites de vente en ligne à des prix très inférieurs à leur valeur faciale. Soyez vigilant : le Code pénal français réprime non seulement la fabrication de faux timbres-poste, mais également leur vente, leur transport, leur distribution et leur usage. L’article 443-2 prévoit une peine pouvant atteindre cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. La Poste prévoit par ailleurs une procédure spécifique lorsqu’elle détecte un affranchissement contrefait.
Paris-Philex 2024 : sortez votre loupe
Le premier faux concerne le feuillet Paris-Philex 2024, référencé F131 au catalogue Yvert et Tellier. Émis en 2024, il comporte quinze timbres Marianne de l’Avenir associés au visuel de Paris-Philex.
Ici, les faussaires ont laissé un indice assez facile à repérer dès lors que l’on dispose d’une bonne loupe. Sur le faux, l’impression apparaît constituée d’une multitude de petits points très réguliers, nettement individualisés et qui ne se rejoignent pas. Ce tramage est particulièrement visible lorsqu’on agrandit fortement certaines parties du dessin.
Sur le timbre authentique, l’aspect est très différent. Les couleurs et les différents éléments de l’impression se fondent les uns dans les autres : on ne retrouve pas cette succession régulière de points isolés caractéristique du faux.
Le Petit Prince : quand le faux est mieux imprimé que le vrai
Le second cas est plus surprenant. Il concerne le feuillet émis en 2021 pour le 75e anniversaire de la première édition française du Petit Prince, référencé F21 chez Yvert et Tellier. Il s’agit d’une feuille de quinze timbres imprimés en héliogravure.
Là encore, les faux qui nous ont été présentés sont de très bonne qualité. Mais c’est surtout le traitement de la couleur dorée qui permet de les distinguer. Sur le faux, cette partie de l’impression présente un très léger enfoncement du papier. Le dessin des lettres est net, précis et parfaitement délimité. Sur le timbre authentique fabriqué par La Poste, le résultat est beaucoup plus grossier. Les contours sont moins précis et les lettres sensiblement moins bien définies.
Nous avons donc cette fois une situation pour le moins inhabituelle : pour reconnaître le faux, il faut chercher celui qui est le mieux imprimé.
Et si La Poste revenait un peu plus à la taille-douce ?
Nous avons trop de respect pour le savoir-faire de l’Imprimerie des timbres-poste de Boulazac pour conclure que La Poste ne sait plus fabriquer de beaux timbres. Elle continue au contraire de produire en taille-douce des émissions remarquables, qui témoignent d’un savoir-faire technique et artistique que peu d’imprimeries possèdent encore.
Mais peut-être La Poste gagnerait-elle à privilégier ce savoir-faire et à multiplier un peu moins les émissions en héliogravure. La taille-douce est certes plus coûteuse à mettre en œuvre. Mais elle possède deux qualités essentielles : elle est beaucoup plus difficile à contrefaire et, surtout, elle donne au timbre une véritable dimension artistique, grâce au travail du dessinateur, du graveur et de l’imprimeur.
Cela nous éviterait en tout cas d’en arriver à cette conclusion désolante : pour certains timbres français récents, l’un des moyens de reconnaître le faux est désormais de constater qu’il est mieux exécuté que l’original.
Nouveau dans notre sélection de l’expert :
Poste aérienne n°14 - 50 f. vert - épreuve de luxe - TB - avec certificat papier Calves - 795 euros
Cote des Somalis - n°21 - neuf** - SUP - avec certificat papier Calves - 650 euros
N° 6 - Cérès - 1 fr. carmin - paire - oblitérée - SUP - signée et avec certificat Calves - 545 euros
Carnet Colbert : le procès que l’on a oublié
Un tirage local de 1 500 exemplaires, une flambée spéculative, puis 300 000 carnets fabriqués par La Poste pour calmer le jeu : l’histoire est connue des collectionneurs. On sait moins, en revanche, que ce retirage a conduit La Poste devant les tribunaux. Car en reproduisant un carnet qui n’avait jamais été autorisé par ses services centraux, l’administration a elle-même commis une contrefaçon.
Vous connaissez sans doute le carnet du centenaire du bureau de poste Colbert, à Marseille. Peut-être le possédez-vous même dans ses deux versions : celle confectionnée localement en 1991 et celle que La Poste a fait fabriquer l’année suivante. Vous savez alors qu’un petit trait sur le M de « Marseille » permet notamment de les distinguer et que le premier tirage est, de très loin, le plus rare. Mais connaissez-vous vraiment toute l’histoire ?
Car l’affaire ne s’arrête ni à ces 1 500 carnets, ni à la spéculation qu’ils ont provoquée, ni même au retirage massif décidé par La Poste. Elle s’est terminée devant un tribunal, après que la dessinatrice de la couverture a poursuivi La Poste pour avoir reproduit son œuvre sans son autorisation.
Un centenaire célébré sans l’aval de Paris
Le 8 octobre 1991, la recette principale de La Poste à Marseille fête le centenaire de ses bâtiments. Pour marquer l’événement, son receveur prend l’initiative de faire confectionner localement un carnet de dix timbres Marianne de Briat rouges à lettre D, vendu 25 francs. Son épouse en dessine la couverture, qui représente le bâtiment de la poste Colbert. Au verso, quelques lignes en retracent l’histoire.
Le tirage est très faible : 1 500 carnets seulement. Surtout, les services centraux n’ont pas été consultés et n’ont donc jamais donné leur accord à l’opération, qu’ils auraient d’ailleurs refusée si elle leur avait été soumise.
Avec un tirage aussi faible, la suite est presque inévitable. Quelques acheteurs bien informés se procurent les carnets dès leur mise en vente. Les stocks sont rapidement épuisés et les prix s’envolent sur le marché secondaire. La spéculation provoque alors la colère des philatélistes qui n’ont pas pu acheter le carnet à son prix d’émission et doivent désormais le payer beaucoup plus cher.
Pour casser la spéculation, La Poste imprime 300 000 carnets
La réaction de Paris ne se fait pas attendre. Puisque la pénurie alimente la spéculation, La Poste décide de faire fabriquer de nouveaux carnets.
Le Service national des timbres-poste annonce ainsi leur vente par correspondance à partir du début du mois de février 1992, toujours au prix de 25 francs. Le motif de cette réédition n’est d’ailleurs pas dissimulé : il s’agit bien d’enrayer la spéculation provoquée par le tirage marseillais.
La fabrication est cette fois confiée à l’Imprimerie des timbres-poste et des valeurs fiduciaires de Périgueux. Et La Poste voit grand : 300 000 exemplaires sont imprimés, soit deux cents fois le tirage initial. De quoi permettre, en principe, à tous les collectionneurs intéressés de se procurer le carnet.
Ce retirage diffère toutefois sensiblement de l’original. La caractéristique la plus connue est un petit trait parasite sur le M de « Marseille », au recto de la couverture, absent de la version confectionnée localement.

Mais d’autres différences existent :

Les deux carnets portent en conséquence deux numéros différents au catalogue : n° 2712-CP1 pour le tirage original de Marseille et n° 2712-C1 pour le retirage de Périgueux. Leur cote reflète l’écart considérable entre leurs tirages : 250 euros pour le premier contre 14 euros pour le second.
La dessinatrice porte l’affaire devant les tribunaux
Les déboires de La Poste ne s’arrêtent pourtant pas à cette réimpression. En reproduisant à 300 000 exemplaires la couverture du carnet marseillais, elle a oublié un détail essentiel : le dessin était l’œuvre de l’épouse du receveur à l’origine de la première émission, et celle-ci n’avait jamais autorisé son utilisation pour le nouveau tirage.
La situation ne manque pas d’ironie. En reprenant la couverture sans l’autorisation de son autrice, la poste s’est rendue à son tour fautive : le retirage officiel constitue une contrefaçon.
La Poste tente d’abord de régler le différend en proposant à la dessinatrice 6 550 francs pour la remise de la maquette et 10 000 francs pour la cession des droits de reproduction. L’offre est jugée insuffisante et refusée.
La Poste condamnée pour contrefaçon
L’affaire est donc portée devant les tribunaux. La dessinatrice réclame la moitié du bénéfice réalisé sur la vente des deux émissions, avec un minimum de 400 000 francs, à déterminer par expertise. Elle demande également 200 000 francs en réparation de son préjudice moral, ainsi que 25 000 francs au titre des frais engagés.
Le jugement est rendu le 9 novembre 1995. Le tribunal relève que l’émission marseillaise a certes été organisée sans l’approbation des services centraux de La Poste et en dehors de la procédure habituelle, mais que cette irrégularité ne donne aucun droit à La Poste sur le dessin de la couverture. Elle est donc condamnée à lui verser 20 000 francs au titre du préjudice matériel et 10 000 francs au titre du préjudice moral.
Ainsi s’achève l’histoire assez improbable du carnet Colbert. Quant au receveur marseillais à l’origine de cette émission de 1991, La Poste ne lui pardonna pas son initiative : il fut placé en retraite anticipée.
Pour aller plus loin :
Le dessous des carnets, Gérard Gomez, Delcampe Magazine n°32? mars-avril 2020.
A propos du “Colbert”, Lucien Joffre, Le Monde des philatélistes n°526, février 1998.
Nouveau dans notre sélection de l’expert :
Taxe n°23 - 2 f. noir - neuf* - TB - signé Scheller et avec certificat papier Calves - 495 euros
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Cette estimation est gratuite et sans engagement. Si vous envisagez une vente, elle permet de déterminer la solution la plus appropriée : achat direct par la Maison Calves ou mise en vente aux enchères.
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