Les “Post Office” de l'île Maurice : deux timbres entrés dans la légende
Newsletter de la maison Calves #88
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Les “Post Office” de l’île Maurice : deux timbres entrés dans la légende
Il y a quinze jours, nous évoquions les célèbres timbres “Post Office” de l’île Maurice dans notre article consacré au « timbre du mystère », peut-être précurseur du Penny Black. L’un de nos lecteurs nous a demandé de raconter leur histoire, qu’il ne connaissait pas. La voici donc aujourd’hui, sous la plume très vive d’Henri Christophe, dans un article paru en mars 1968 dans la revue Philatélie que nous avons le plaisir de republier. Ce texte présente un double intérêt : il retrace avec clarté l’histoire de ces grandes raretés de la philatélie, mais aussi celle de leur redécouverte ultérieure, dans des circonstances parfois tout à fait inattendues. Bonne lecture !
“Aucune lettre envoyée de l'ancienne île de France, l'actuelle île Maurice, et remontant à la présence française, n'a encore été retrouvée. Faut-il en déduire que le service postal y était alors inexistant ? Certainement pas. Cette terre lointaine fut, durant tout le XVIIIe siècle, non seulement une escale active, mais grâce à la diligente administration de Mahé de la Bourdonnais, une terre de grand rapport où le gouvernement français, après la faillite de la Compagnie des Indes, trouva son profit. Les échanges de correspondance durent être nombreux.

Il faut attendre l'installation des Anglais et le gouvernement de lord Farquhar pour qu'apparaisse un service postal, calqué sur celui des Anglais, qui ait enfin laissé des traces. On connaît un certain nombre de lettres portant la mention « PORT LOUIS -POST PAID ›. En 1829, des cachets avec l'inscription « MAURITIUS POST OFFICE » furent utilisés.

Fin décembre 1846, la « Gazette du Gouvernement », organe officiel publié en anglais et en français, annonçait la réforme complète du service postal, l'introduction de timbres destinés à l'affranchissement des correspondances et la taxe obligatoire d'un penny pour tout pli pesant une once circulant à travers l'île. Dès novembre, le gouverneur de l'île avait demandé qu'on fît graver des timbres analogues à ceux qui avaient cours alors en Grande-Bretagne. On s'était mis en rapport avec un horloger qui joignait à ses talents de mécanicien celui de graveur et à qui les habitants de la capitale, Port-Louis, avaient coutume de faire appel toutes les fois qu'ils avaient besoin de faire graver des invitations ou des faire-part. Il s'appelait Barnard. Son talent ne semble pas avoir été considérable; il se limitait à une espèce d'adresse. Mais Barnard était connu de tout le monde.
Une histoire romanesque
L'histoire de la fabrication des premiers timbres de l'île Maurice a donné lieu, dès la fin du siècle dernier, à toutes sortes de légendes dont l'aspect romanesque et exotique fait le charme principal. Celle voulant que la femme du gouverneur, lady Gomm, se soit tenue aux côtés du graveur tout le temps que dura son travail, l'inspirant et lui tenant la main à l'occasion, a probablement plus de saveur que d'authenticité. De toutes façons, ce genre de détail importe peu.
L'horloger se mit au travail au mois de mai 1847. On lui avait remis, pour servir de modèle, le célèbre « Penny black » à l'effigie de la reine Victoria. La copie qu'il en réalisa ne fut pas un chef-d'œuvre ; la maladresse y éclate de toute part. Il grava les timbres sur le revers d'une plaque de cuivre dont il avait déjà fait usage pour imprimer des cartes d'invitation. Inutile de dire que cet objet, retrouvé par hasard, est devenu une célébrité et fut vivement disputé entre le Ministère anglais des Colonies et les collectionneurs.

Le graveur était-il distrait ?
La tradition veut que Barnard, par distraction, ait oublié le texte qu'on lui avait demandé de graver sur les timbres et qu'en désespoir de cause, il se soit résolu à aller jusqu'à la poste pour demander au directeur ce qu'il devait écrire.
Arrivé devant le bureau, il se serait avisé qu'une inscription placée au-dessus de l'entrée portait « POST OFFICE ». Naïvement, il se serait imaginé que tel était bien le texte qu'on l'avait chargé de graver et qu'il grava effectivement. On ne manqua pas d'y voir une erreur. Or, rien ne prouve qu'il se soit agi d'une erreur ; on a seulement voulu expliquer d'une façon qui semblait rationnelle un texte peu conforme aux coutumes. C'est bien le directeur des postes, J. Stuart Brownrigg, qui a fait graver le texte incriminé. En tout cas, les lettres officielles relatives à la fabrication des premiers timbres de l'île Maurice qui aient été conservées montrent nettement que Brownrigg, quand il parlait des timbres locaux, les qualifiait de « Post office stamps ».

Le bal de Lady Gomm
Barnard imprima ses deux timbres, le one penny et le two pence, en utilisant directement la plaque gravée, de sorte qu’il était contraint de ne faire qu’une copie à la fois. Lady Gomm, la femme du gouverneur, l’aurait pressé d’activer le travail, car elle avait le plus grand besoin de timbres pour affranchir les invitations qu’elle devait lancer pour son bal costumé, qui devait avoir lieu le 30 septembre au Government House, et elle voulait absolument, pour étonner un peu ses relations, être la première à utiliser les fameux timbres qui devaient faire depuis longtemps le principal sujet de conversation dans l’île où l’on en manquait un peu.

Le 21 septembre, le tirage était achevé et lady Gomm put en acquérir un bon nombre avec quoi elle s’empressa d’affranchir les enveloppes qu’elle voulait envoyer à l’intérieur de l’île comme à l’extérieur. Toute la société mondaine de l’île Maurice s’empressa d’imiter la première dame de la colonie, de sorte qu’au bout de peu de jours, l’émission fut entièrement épuisée et qu’il ne restait plus aucune trace de ce qu’elle avait été. Vingt-six spécimens ont été retrouvés dont seulement deux exemplaires neufs du one penny et douze neufs du two pence.

Le succès de l'entreprise ayant confirmé Barnard dans la mission dont il avait été chargé, c'est encore à lui qu'on s'adressa pour réaliser une seconde émission. Cette fois, il dut faire une planche comprenant seize gravures distinctes, ce qui devait permettre de gagner du temps au tirage. Il faut croire que le vieil horloger avait la vue de plus en plus basse, car la gravure fut d'une qualité inférieure à celle de la première émission, et, d'autre part, les erreurs y étaient nombreuses. Le numéro 7 de la série des 2d. porte en effet PENOE, au lieu de PENCE. Les nouveaux timbres furent prêts en mai 1848 et probablement mis en vente peu après. L'annonce officielle n'en parut pourtant que le 3 août. Ces timbres restèrent en service jusqu'en 1859, époque à laquelle les planches étaient si fatiguées qu'elles étaient devenues presque inutilisables. La dégradation apparaît nettement d'année en année.

Le tragédien et la tête de chien
En mars 1859, on dut les remplacer par une nouvelle émission qui s'inspirait de la précédente. Pour quelle étrange raison fit-on appel pour ce travail à un certain Lapirot, artiste dramatique sans travail, nul ne le saura jamais. Les relations de l'éminent tragédien devaient en tout cas être suffisantes pour lui valoir cette commande honorifique qui a immortalisé son nom à tout jamais auprès des collectionneurs de timbres. Victoria y est si défigurée que la série de ces timbres est dite émission à la tête de chien. L'expérience était cruelle. Heureusement, par les soins d'un graveur nommé Sherwin, l'œuvre de Barnard put être reproduite avec une élégance qui lui a permis de survivre au temps jusqu'en 1911.

La première émission de l'île Maurice avait été épuisée, on l'a dit, sans laisser de traces. Le hasard pourtant allait se charger de donner aux rares timbres remontant à cette période une gloire que leur rareté leur fait mériter et dont la légende, une fois encore, s'est emparée.
C'est à Bordeaux, au siècle dernier, que devait avoir lieu la découverte la plus spectaculaire dans les affaires d'un commerçant de la ville qui avait entretenu longtemps des relations avec l'île Maurice et qui était mort. La liquidation de ses biens, qui s'était faite rapidement, avait obligé sa veuve à quitter sa maison pour aller vivre chez des amis. Tous les papiers furent envoyés dans de grandes voitures de déménagement chez un marchand de vieux papiers qui s'engagea à les mettre au pilon. En fait, le marchand manqua de parole ou tarda à réaliser sa promesse. Les papiers restèrent de longs mois dans des sacs, entassés dans son magasin et débordant même dans la ruelle. Une marchande ambulante qui passait là fit l'achat d'un sac avec l'intention d'utiliser les papiers qu’il contenait à l’emballage de sa marchandise. Un jour, cette femme appela des enfants qui jouaient à « un-pied » sur un trottoir pour leur offrir « de belles images » qu’elle avait.
Ces « belles images », étaient des enveloppes de l’île Maurice avec les timbres de la première émission. Les enfants, ne sachant que faire du cadeau, ne trouvèrent rien mieux que d’aller l’offrir à une papetière de la rue Hueguerie qui vendait des timbres. Celle-ci vit aussitôt que l’affaire ne manquait pas d’intérêt. Elle acheta le lot pour quelques francs ; il y avait sept Post paid d’un penny rouges, neufs, en plus des enveloppes. La papetière engagea aussitôt ses jeunes vendeurs à retrouver la marchande. Peine perdue : celle-ci avait liquidé le reste de « vieux papiers ». Quels trésors contenaient-ils encore ?

Non moins extraordinaire est l’histoire du 2 pence neuf de la collection royale anglaise. Ce timbre provient d’une collection d’écolier, un nommé James Bonar, jeune Ecossais qui s’amusait, entre les heures de classe, à rassembler les timbres les moins chers qu’il pouvait se procurer pour les coller dans un cahier. C’est ainsi qu’il avait, un jour, acheté pour presque rien le timbre de l’île Maurice. Le temps passa ; la collection fut délaissée puis oubliée. Quarante années plus tard, Bonar retrouva l’album, montra ses vieux timbres à une amie qui avait quelques connaissances philatéliques et lui conseilla de se renseigner au sujet du timbre mauricien. Le marchand londonien à qui Bonar se présenta le lui acheta pour plus de mille livres. Vendu aux enchères en janvier 1904, il atteignit la somme de 1 450 livres et fut acquis pour le compte du roi d’Angleterre.

Plus triste est l’aventure de ce collectionneur originaire de l’île Maurice qui avait acheté, vers 1868, dans une vente aux enchères à Port Louis, un lot de vieux journaux dans lequel il découvrit deux exemplaires du one penny ; il en vendit un et conserva l'autre qu'il mit dans une des poches de sa veste. Sans plus y penser, il envoya celle-ci au blanchissage. Quand il en reprit possession, le timbre avait disparu.
Henri CHRISTOPHE”
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