Une émission introuvable (ou presque) : les timbres "Valeur" du Congo français
Newsletter de la maison Calves #92
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Actualités de la maison Calves
Derniers jours pour notre vente flash ! De nombreux lots ont déjà trouvé preneurs, mais il reste encore de très belles opportunités, proposées à des conditions particulièrement attractives. C’est le moment d’y regarder de plus près : voir les lots encore disponibles
Nous serons présents les 25 et 26 avril à la bourse aux collections organisée à Pau par le Groupe Philatélique Béarnais, à l’occasion de son centenaire et du congrès annuel du Groupement Philatélique d’Aquitaine. Nous serons à votre disposition pour authentifier vos pièces philatéliques, mais aussi pour échanger avec chacun de vous. Davantage d’informations dans notre prochaine newsletter !
Nous avons reçu un retour intéressant d’un lecteur, Jack Blanc, suite à notre article sur les faux de l’Intelligence Service. Il précise que le négociant mentionné par Rocariès dans cet article s’appelait Constantine, qu’il l’a rencontré à Londres en 1966, et qu’il lui a bien confirmé être à l’origine de la découverte de ces faux. Un complément utile pour lequel nous le remercions vivement.
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Une émission introuvable (ou presque) : les timbres “Valeur” du Congo français
On le sait : les timbres des colonies françaises ont souvent été surchargés. Le plus souvent, ces surcharges répondaient à des nécessités bien réelles - pénuries locales, lenteur des approvisionnements liée à l’éloignement - mais ont aussi, à de nombreuses reprises, été motivées par des considérations philatéliques, visant à créer artificiellement des raretés. À tel point qu’au début du XXe siècle, les collectionneurs se divisaient en deux camps : les « surchargistes » et les « non surchargistes », ces derniers refusant purement et simplement d’intégrer ces émissions à leurs albums, lassés des abus. Pourtant, certaines surcharges ont été strictement encadrées. C’est précisément le cas des émissions « Valeurs » du Congo : de véritables raretés, absentes de la plupart des collections et dont l’histoire demeure largement méconnue. C’est cette histoire que nous vous proposons de redécouvrir aujourd’hui, à travers le témoignage direct d’un acteur de l’époque, Jean Barsac, dans un article publié pour la première fois dans Le Timbre en février 1947.
“Le recul des ans augmente l’intérêt et la valeur qui s’attachent à certains timbres. C’est pourquoi, cédant aux instances pressantes d’excellents confrères, j’ouvre aujourd’hui mon coffret aux souvenirs pour y puiser, dans le compartiment de la philatélie, une documentation qui y somnolait depuis cinquante ans.
Il ne s’agit que de deux très petites valeurs du Congo français qui, du fait de leur surcharge apposée « in extremis » et de leur modalité d’emploi ont passé inaperçues dans la Métropole à leur parution. Ce sont, dans le type Groupe Allégorique 1892, avec légende CONGO FRANÇAIS, le 20 c. brique sur vert surchargé Valeur 5 et le 30 c. bistre brun surchargé Valeur 15.
Les détails de la mise en service, en juillet 1900, de ces deux petits timbres n’ont jamais été publiés. Du côté administratif, on ne connait que l’arrêté pris à cette occasion par M. Cor, alors gouverneur, résidant à Brazzaville. En tant que dernier survivant en 1947 de cette époque et pour avoir résidé moi-même, il y a cinquante ans à Brazzaville, j’ai donc déféré aux multiples désirs exprimés par mes amis pour situer avec précision ce point d’histoire philatélique.

En 1899, le Congo venait d’être de morcelé en un certain nombre de concessions pour faciliter l’exploitation de toutes les parties de ce riche et immense territoire. De nombreuses sociétés françaises, belges et hollandaises se constituèrent et un personnel uniquement masculin fut envoyé au Congo.
(…) En juillet 1900, nous étions quarante-cinq Européens à Brazzaville, alors en transformation d'urbanisme, quarante-cinq Européens seulement : personnel administratif, colons étrangers et français, et enfin le personnel de la mission catholique (…). Cette population infime incluait celle des six factoreries, sièges des principales concessions alors en place dans le Congo. On peut en déduire qu'il n'y avait pas foule sur le kilomètre carré de superficie riveraine de Brazzaville.
(…) En ce 8 juillet 1900, le gouverneur Cor, avec lequel je m'entretenais, me fit part de ses appréhensions concernant le prochain départ du courrier postal par suite du manque de figurines courantes. Il n'y avait plus au bureau de poste de timbres de cinq et quinze centimes. Il avait bien envoyé un courrier à Libreville pour demander qu'il lui soit envoyé de toute urgence un certain nombre de timbres de ces valeurs, mais il craignait que ce courrier ne soit pas revenu en temps opportun. Ce courrier empruntait en effet la route des caravanes et des événements imprévus pouvaient le retarder.
Le gouverneur se voyait donc dans l'obligation de faire surcharger, par des moyens de fortune, une certaine quantité de valeurs moins courantes, afin de pouvoir les utiliser le cas échéant.
A cette nouvelle, ma première réaction - le sachant philatéliste - fut de lui dire que ce serait une aubaine pour les collectionneurs de France et de lui confier que je me proposais, dans ces conditions, de me procurer un certain nombre de ces timbres pour moi et ma famille. Sa réponse ruina mes illusions :
- Cela sera impossible, car je vais prendre des dispositions pour éviter tout abus.
En effet, le lendemain, l'arrêté suivant était affiché à l'Hôtel du gouverneur et au bureau de poste, où j'en pris copie sur mon journal de route à toutes fins utiles.
Le lieutenant-gouverneur par intérim en mission :
Vu les instructions du commandant général en date du 29 avril 1900 ;
Vu l'impossibilité de satisfaire au moyen du stock de timbres-poste existant à Brazzaville actuellement, aux demandes d'affranchissement de correspondance ;
Arrête :
Art. 1. Il sera procédé, par les soins du receveur des postes Brazzaville, à la transformation de 300 timbres de 20 centimes en timbres de 0 fr. 05 et de 900 timbres de 30 cent. en timbres de 0 fr. 15 au moyen d'une simple surcharge effectuée avec un timbre humide.
Art. 2. Jusqu'à l’arrivée du stock de timbres-poste demandé à Libreville les affranchissements à l’aide de ces timbres surchargés se feront au guichet. Nulle vente de timbres-poste n'aura lieu que pour servir à un affranchissement immédiat.
Brazzaville, ce 9 juillet 1900,
M. COR.
La lecture de ce document me donnait l'explication du sourire malicieux qui avait accompagné, la veille, la dernière phrase de ma conversation avec mon ami Cor. (…) Le 14 juillet au matin je me rendis donc au bureau de poste pour acheter des timbres et expédier mes lettres.
L'emploi de receveur, employé unique, était occupé par un Sénégalais. Je le trouvai occupé a préparer le départ du courrier pour Kinshassa, qui devait avoir lieu dans la soirée, avant la nuit. (…) Je lui remis mes lettres sans timbres avec le montant de leur affranchissement.
A la réflexion, toutefois, je retournai ensuite à la factorerie où je résidais. J’établis des enveloppes a l’adresse de mes parents, en inscrivant en hâte sur un papier : « Gardez précieusement les timbres de ces enveloppes jusqu’à mon retour ». Et je portai ces cinq lettres supplémentaires avec la satisfaction de l’homme heureux, doublé du contentement malicieux du « philatéliste qui a fait un chopin... »

Comme je déjeunais avec Cor, je ne pus m’empêcher, après le repas, de toucher par quelques réflexions réservées, l’incident du bureau postal.
- Ah ! oui. J’ai été obligé d’agir ainsi pour éviter des « combinaisons commerciales » mais dans quelques jours, il n’y en aura plus que le souvenir...
(…) Par la suite, de retour à Brazzaville, j'ai su que le courrier porteur des timbres demandés était arrivé le 15 juillet seulement. M. Cor, qui avait fait part au gouverneur de Libreville de la mesure qu'il avait été obligé de prendre, avait fait détruire, en sa présence, le solde des figurines inutilisées. Mais TOUTES ont-elles bien été incinérées ?
De nombreuses conclusions sont à tirer de tous ces faits. D'abord le nombre possible des lettres mises à la poste ainsi affranchies ; ensuite, le nombre probable d'enveloppes qui ont pu, à l'arrivée, échapper au naufrage dans la corbeille à papier ; puis le nombre de celles qui, de nos jours, sont demeurées en parfait état ; enfin, la cotation.

Sur le nombre possible de lettres ainsi postées, il convient, se rappelant ce que j'écrivais plus haut, de faire une discrimination entre la population des factoreries échelonnée sur la rive et très éloignée du plateau et celle de celui-ci, presque exclusivement constituée par des fonctionnaires. On ne venait au plateau que pour des besoins administratifs, ce qui était rare. Les factoreries de la rive et la mission faisaient toujours leurs achats de timbres à l'avance, pour éviter de confier de l'argent aux boys porteurs du courrier. Et les fonctionnaires eux-mêmes avaient toujours leur petit stock.
En admettant que, sur les quarante-cinq Européens, une trentaine ait eu recours à l’achat de timbres au bureau pour une moyenne de cinq lettres chacun, cela fait, en tout, 150 timbres, avec une proportion de 120 timbres à 15 cent. et de 30 timbres à 5 cent. J’ai la conviction ABSOLUE que ce total de 150 pièces est de beaucoup supérieur à la réalité. Mais comme il faut adopter une base, je préfère donner des chiffres supérieurs. C’est ainsi qu’il faut étayer les suppositions, si on veut arriver à une conclusion ayant quelque consistance.
Quant au nombre probable des enveloppes conservées, comme la majeure partie du courrier était adressée à des sociétés commerciales et aux familles, j'estime - prenant pour base les 150 timbres utilisés - qu'il y en a bien 100 à 110 qui sont allés dans la corbeille à papier. Restent donc 40 à 50 timbres plus ou moins défectueux.
Pour ce qui est des collectionneurs qui possèdent l'une de ces raretés ou les deux, leur nombre est encore plus infime. J'ai vu maintes collections pourtant des plus réputées, dans lesquelles l’absence de ces figurines faisait une regrettable tache blanche. Personnellement, j'ai connu le regretté Coyette, expert réputé, qui abritait dans le fouillis de ses innombrables classeurs quatre de ces timbres, mais tous défectueux. A Paris, je ne connais pas plus de cinq collectionneurs les possédant en premier choix. En dehors de la France, ces timbres n'ont jamais été rencontrés que dans trois « super-collections ».

Enfin, tout collectionneur a pu constater combien le papier sec, huileux et cassant de l'émission coloniale du type « groupe allégorique » était cause du mauvais état dans lequel on rencontre certaines valeurs, en particulier le 20 c. et le 30 c. Or. ce sont justement ces valeurs qui ont été surchargées. La dentelure est très sensible à toute manipulation brutale. Les exemplaires qui sont en parfait état de conservation sous le rapport de la dentelure sont donc des plus rares.
Toutes ces observations amènent à une conclusion : la cotation n'est pas à la hauteur de ces raretés. En quinze ans, je n'ai vu passer en vente publique que quatre exemplaires à l'Hôtel Drouot, dont deux défectueux. Le 24 juin 1946, M. O. Roumet a mis en vente un exemplaire de chacune de ces valeurs et leur état était défectueux.
Il ne faut pas croire que ces timbres n'ont pas tenté la sagacité malveillante des faussaires. Malheureusement pour eux, il y a la question des dates des oblitérations qui leur cause quelque ennui. Officiellement, c'est à partir du 9 juillet que l’utilisation de ces timbres fut autorisée, mais, dans l'éventualité de l'arrivée du courrier porteur des timbres courants venant de Libreville, ce n'est qu'à partir du 11 et même du 12 Juillet que le receveur sénégalais s'est décidé à recevoir le courrier en partance. (…)
Donc ces timbres doivent porter les dates du 11, du 12, du 13 ou du 14 juillet 1900. TOUTE AUTRE DATE EST FAUSSE.
Il me souvient que, dans un catalogue connu, un cliché reproduisit naguère l'un de ces timbres avec cachet à date du mois d'août. L'éditeur, sur la remarque que je lui avais faite de cette fausseté, me répondit avec certaine candeur :
- Mais ce timbre est authentique ! La surcharge a été reconnue vraie par un expert !
Les bras m'en seraient tombés, si ma constitution ne les avait solidement fixés à mon corps… Je ne puis croire qu'un expert digne de ce nom ait pu commettre une erreur aussi grossière, s'il était tant soit peu documenté. (…) Je dois dire que, sur mes instances, l'indésirable cliché a complètement disparu de ce catalogue. Je puis certifier qu'il ne peut y avoir aucune contestation quant à la date d'oblitération. Pour ces timbres, il convient donc de les rechercher - si possible - sur enveloppe entière ou tout au moins sur fragment comportant l'oblitération du timbre et celle voisine du bureau postal.
(…) Pour conclure, ces timbres n'existent pas et ne doivent pas exister à l'état neuf avec gomme, puisque officiellement ils n'ont jamais été remis à l'usager, mais apposés immédiatement sur la lettre et oblitérés en sa présence. Donc ils n'existent qu'oblitérés.
Le Dr Locard, avec qui je m'entretenais de ces timbres, a porté un jugement d'un grand poids : « Ce sont deux très grandes raretés cotées bien en-dessous de leur valeur ». (…)
Jean BARSAC.”
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